Catégories
Considérations

Quitte à pétitionner, autant bien le faire !

Je ne crois pas être un vilain conservateur réactionnaire qui ne fait rien pour changer le monde généalogique. Mais je ne peux m’empêcher d’en avoir l’air lorsque je vois régulièrement des appels à signer cette pétition de demande de numérisation et mise en ligne des archives intitulée « Requête en faveur de la numérisation de toutes les Archives Françaises« . Et je suis pourtant entièrement d’accord avec le principe d’une numérisation et mise en ligne des archives, au moins des registres paroissiaux et d’état-civil de France, pour diverses raisons.

Voici ce que dit la pétition :

Monsieur le Président de la République,

Nous soussignés chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens, souhaitons voir réalisés dans des délais proches grâce aux moyens technologiques actuels, la numérisation et la mise en ligne de l’ensemble des archives ( État-civil, Registres Paroissiaux, Actes Notariés, Cadastre, Censiers, Cartulaires etc.) en accès libre dans le respect des délais de consultations publiques prescrites par la Loi (Délai maximum de 100 ans).

Le travail des chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens, surtout ceux qui ne peuvent se déplacer aux Archives en serait grandement facilité. Les relations cordiales que ces derniers ont pu nouer au fil de leurs recherches et de leurs contacts chaleureux ne demandent qu’à a amplifier un fait de société enrichissant pour l’histoire de nos ancêtres et réunissant de plus en plus de familles enthousiastes de ce nouveau lien social.

Bien entendu cette numérisation et la mise en ligne allégeraient considérablement le travail des Archives et préserveraient leurs fonds. Le patrimoine papier devant être sauvegardé au même Titre que le patrimoine pierre, afin de le préserver des divers parasites et animaux attaquants le papier..

Cette action aura aussi pour but de mettre fin au mercantilisme de certaines sociétés cotées en Bourse depuis Mars 2007, qui profitent de l’engouement pour la généalogie de millions de Français, dont un grand nombre ont eu l’imprudence d’indexer leurs arbres généalogiques sur les sites Internet de ces sociétés et qui maintenant se retrouvent en vente.

De nombreux chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens, ne peuvent se déplacer pour des raisons financières dans des Archives éloignées de leur domicile, ainsi que les descendants d’émigrés français à l’étranger et qui font des recherches en France.

Pour financer cette opération, nous vos suggérons de lancer :

1)Une souscription internationale
ou
2) de faire appel au parrainage des Entreprises au niveau International et National. (Il y a des Associations Généalogiques dans de nombreuses entreprises, Sénat, Assemblée Nationale, Ministères.)
ou
3) Souscription Internationale + Parrainage des Entreprises au niveau International et National

Nous vous serions gré de bien vouloir nous tenir informés des dispositions qui pourraient être prises à ce sujet.

Avec nos remerciements et nos respectueuses salutations

Cette pétition circule depuis un bon bout de temps sur internet (elle a été créée le 23 octobre 2007). Malheureusement il est impossible d’y ajouter des commentaires ou remarques. Alors je profite de mon blog pour dire ce que je pense de cette pétition. Il ne s’agit bien sûr que de mon humble avis de généalogiste amateur. Bouh le méchant !

Quelques remarques sur la forme, qui a tout de même son importance lorsque l’on cherche à porter un message au plus haut de la hiérarchie de la République :

  • Le titre est extrêmement mal choisi : il ne parle que de numérisation. Or, la pétition demande également la mise en ligne.
  • Le ton fait parfois penser à une sommation. Pas très fin psychologiquement.
  • Il y a quelques fautes de frappe ou de grammaire…

Mais attardons-nous sur le fond :

  • Le paragraphe sur le « mercantilisme de certaines sociétés cotées en Bourse depuis Mars 2007 » sonne comme un règlement de compte en plus de n’être absolument pas clair.
  • Je me trompe peut-être, mais les archives départementales étant un service décentralisé, et de fait géré par les départements, je ne vois pas comment le président de la république himself pourrait interférer sur la décision des départements de mettre ou non en ligne ces archives. Ces archives étant la propriété des départements et non de l’État français [màj : voir la judicieuse précision de Maïwenn à ce propos, en commentaire].
  • Les solutions de financement proposées sont quelque peu hasardeuses. Même si envisageables, elles ne reposent sur aucune étude de faisabilité valable. Que veut dire par exemple une « souscription internationale » lorsque l’on sait que la mise en ligne génère des coûts réguliers (serveurs, maintenances) : une souscription chaque année ? Et qui va payer ? Ceux qui refusent de payer pour accéder aux archives en ligne ?

Certes, l’idée d’une infrastructure nationale pour fédérer les départements autour d’un système unique qui permettrait d’amortir les coûts pourrait être une belle proposition. Mais ce n’est en tout cas pas pas suffisamment clairement suggéré par cette pétition.

Pourquoi, plutôt que de lancer des initiatives individuelles, ne pas lancer un réel débat de réflexion et d’étude autour de la question, via les forums et listes de discussions ? Il y a forcément, parmi les généalogistes intéressés, des spécialistes du droit public, des services d’archives, etc.

11 réponses sur « Quitte à pétitionner, autant bien le faire ! »

Moi j’aime bien le « Nous soussignés chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens », histoire de noyer le poisson, pour ne pas dire trop clairement : « nous généalogistes ».

« la numérisation et la mise en ligne de l’ensemble des archives ( État-civil, Registres Paroissiaux, Actes Notariés, Cadastre, Censiers, Cartulaires etc.) en accès libre dans le respect des délais de consultations publiques prescrites par la Loi (Délai maximum de 100 ans). » comme le délai va changer… et que les archives ce n’est pas que ça… enfin, on ne va pas non plus embaucher les généalogistes pour faire l’immense travail de préparation pour la numérisation :) ?!

Personnellement je suis contre la numérisation de tout. Et de toute façon ce n’est pas possible (qui a dit qu’on était en faillite ?). L’état-civil ok, les plans (parce que difficile à consulter), les tables d’enregistrement, l’iconographie. Mais le reste… combien de personnes consulteraient un fonds lettres, sciences et art à Nantes au 19e siècle ? …
Valoriser ce n’est pas mettre tout en ligne.

Quant aux entreprises, si toutes déjà s’occupaient de leurs archives correctement… les archives publiques, ça les fait doucement sourire.

Et tu ne te trompes à moitié seulement sur les AD : la majorité des archives qu’elles conservent sont des archives de l’état. A leurs frais :)

Oui, la demande s’entend pour un « nous généalogistes » :)
L’état-civil en ligne je trouve ça bien, au-delà de ma petite personne, parce que c’est une base de base en généalogie, et qu’effectivement ça peut faciliter les recherches pour plein de personnes qui ne peuvent réellement pas se déplacer. Après peut-être aussi que ça permet de n’amener en salle de lecture que des chercheurs déjà aguerris : est-ce une bonne chose ou pas, j’imagine que tu as une partie de réponse, Maïwenn ?
Pour la numérisation de tout, moi je suis totalement pour : question de précaution et de sauvegarde. Mais c’est irréalisable (principalement financièrement).
Pour la mise en ligne de « tout » (bon on a bien compris que la pétition demande la mise en ligne de documents destinés aux généalogistes) peu importe en fait. Ca demanderait effectivement des moyens et ressources considérables pour un service pas énormément utilisé en comparaison de l’état-civil. Et puis à ce moment là, autant demander aussi le cinéma en ligne, le théâtre en ligne, les musées en ligne, les ballades en forêt en ligne, etc.
(Pourquoi faut-il que je rajoute toujours plein d’arguments une fois que le billet est déjà publié ?)

Mais pourquoi « valoriser » serait différent de « tout mettre en ligne » ?

Concernant les archives départementales, je corrige ! Bon, à leur frais… j’imagine qu’à l’époque de la décentralisation, y’a aussi certains impôts qui leur ont été décentralisés ? :) (je vais devoir réviser ces notions-là moi…)

le problème de la numérisation c’est que ça ne garantit en rien la pérennité dans l’avenir… c’est le point d’interrogation pour les supports électroniques, qu’en sera t il des serveurs dans 20 ans :) ? c’est un bon moyen de communication des documents, mais pas forcément de conservation dans le long terme.
Concernant la valorisation (publications, expo en ligne, avec une sélection de documents intéressants numérisés), ça peut inciter les gens justement à consulter des documents sur place. Avec la mise en ligne des archives, certains nouveaux centres s’aperçoivent qu’ils ont vu peut-être vu trop grand pour les salles de lecture, en tout cas il faut intégrer dans la réflexion le rôle et la place de l’informatique…
De même avec l’explosion d’internet, comment va évoluer la généalogie ? Quel pourcentage de généalogistes va au-delà de l’état-civil ? quel pourcentage de généalogiste s’est déjà rendu une fois en mairie ou archives ? … je crois que ça baisse lol. Ceci dit, quand j’ai fait mon master d’histoire, il y avait en moyenne 3 étudiants en salle de lecture aux AD (certes dans une ville où le département histoire de la fac est plutôt sinistré), et beaucoup de collègues bossant sur du XXe siècle n’ont jamais mis les pieds aux archives non plus :).

Le blog de la RFG avait fait un petit billet intéressant sur la question de la pérennité des supports numériques: http://geneinfos.typepad.fr/geneinf… Sur du strict long-terme c’est sûr que ça ne peut pas durer indéfiniment. Mais l’intérêt du numérique est surtout une possibilité de copie et de répartition : possibilité de passer d’un support numérique à l’autre en cas d’évolution, possibilité de copies de sauvegardes (en cas de destruction d’un serveur, un autre serveur a les copies, ce qui n’est pas le cas en cas de destruction d’un centre d’archives). Après, ça demande de toute façon : argent, suivi, reflexion (ne pas s’apercevoir dans 20 ans que les fichiers ne sont plus lisibles)…
Ça reste du tout hypothétique : tout ça coûte de l’argent, et je ne crois pas que les archives en ligne gratuites puissent être une priorité en France. En tout cas pas pour moi :)

Pour la valorisation, je vois ce que tu veux dire. Je comprend que ça puisse être perçu comme un souci de tout mettre en ligne, en terme de valorisation. Mais on peut voir aussi de façon globalisée : ceux qui ne peuvent ou ne veulent se déplacer consulteront strictement en ligne. Ceux qui le souhaitent pourront toujours venir en salle de lecture. Un paquet de gens ne seraient jamais allés aux AD du 53, alors autant que le 53 vienne à eux ! Puis on sait que tout ne pourra être mis en ligne, alors ça vous laissera encore du boulot ;) Autant favoriser la venue en salle de lecture des gens motivés et respectueux des documents, puisqu’à l’inverse il y a des personnes qui ne souhaitent que des noms et des dates… (ça sonne un peu élitiste ce que je dis, mais on peut faire le parallèle avec la musique à télécharger : soit ça crée des passionnés, soit des zappeurs).
Et quitte à être devant un écran pour consulter des registres sur microfilms aux AD, je préfère encore le faire à la maison en numérique :)
Pour ma part, je n’ai pas mis les pieds en archives traditionnelles pour ma maîtrise ou mon DEA… microfilms et journaux à la BNF, archives télé de l’INA à la BNF. Saleté de vingtièmistes !
(et oui, je fais gonfler artificiellement mon nombre de commentaires !)

Ah oui puis tant que j’y suis (un de plus), je ne crois pas que « le mercantilisme de certaines sociétés cotées en bourse depuis mars 2007 » soit un principe qui déplaise fondamentalement à l’actuel président :)

lol. moi aussi je préfère faire des recherches dans l’état civil en ligne… et j’aime bien aussi toucher une bonne vieille grosse feuille de la Révolution dont j’ose à peine imaginer le grammage en papier tellement il est énorme ou un velin :) bon après pour tout le papier pelure du 20e et les circulaires et photocopies à gogo, autant numériser et OCRiser, ça évitera les coupures aux doigts et de toute façon ça ne pourra pas être moins pérenne que la qualité de ces papiers et de ces encres.

Je n’ai rien contre les vingtièmistes rassure-toi :D d’ailleurs mon 19e siècle fétiche finit en 1914, c’est bien connu :p

Je crois qu’ici aussi, beaucoup de gens ne voient pas la différence entre la numérisation et la mise en ligne.

La numérisation sert à faire une copie de sauvegarde des archives afin :
1°) d’avoir un double qui pourra perdurer, même si l’original finit par être dégrader de façon irréversible : c’est la mission de conservation dévolue aux AD,
2°) de mettre en place une consultation des archives numérisées en lieu et place de la consultation des archives physiques : cela fait partie de la mission de préservation des AD, et elle nécessite d’équiper les AD et tout particulièrement la salle de lecture d’un système informatique conséquent.

La mise en ligne consiste à ouvrir un accès depuis internet au réseau informatique des AD. Elle ne peut donc s’opérer que si la numérisation est faite, et son coût n’est rien comparé à celui de la numérisation.
La mise en ligne dépend donc de la numérisation, mais dans la plupart des AD, la numérisation est faite sans qu’il y ait nécessairement de mise en ligne.

C’était le cas aux AD14 jusque fin novembre, c’est le cas aujourd’hui, par exemple, pour les AD91 ou les Archives de Paris.

J’irai même plus loin : la mise en ligne permet aux AD qui ont déjà numériser d’alléger l’équipement informatique de la salle de lecture et d’accueillir moins de visiteurs intéressés uniquement par des recherches sur les registres d’état-civil, ce qui permet aux archivistes de s’occuper davantage des autres tâches qui leur sont dévolues. Dans ce sens, la mise en ligne, même gratuite, représente un bénéfice pour les AD qui la mettent en place.

Voilà pourquoi la mise en lignes des AD telle que mise en oeuvre par le CG14 est scandaleuse, voire illégale, car elle représente une utilisation déguisée d’archives publiques à des fins commerciales.

Cordialement,
Olivier Chatard

Bonsoir Olivier. Quand vous dites « Je crois qu’ici aussi, beaucoup de gens ne voient pas la différence entre la numérisation et la mise en ligne. », de quoi parlez-vous ? l’article ci-dessus, la pétition, les commentaires précédents ? Afin que je remette votre argumentaire dans le bon contexte ;-)

Tout à fait d’accord avec vous : il y a une différence entre la numérisation (la mission de protection des archives) et de mise en ligne (une des possibilité de répondre à la mission de communication des archives).

Disons que la numérisation est probablement (avec tous ses défauts actuels) UN des meilleurs moyens de sauvegarde de nos archives (les récents articles sur les attaques de champignons dans des dépôts sont là pour le rappeler). Tandis que la mise en ligne est un « plus », un peu comme la mise en ligne par la BNF d’ouvrages anciens.

Pour ce qui est du fait que certaines mises en ligne soient payantes, je crois que l’on se trouve encore dans un autre débat, qui fait toujours couler beaucoup d’encre :)

Répondre à Maïwenn Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *