Des Racines et des Êtres

Blog généalogique de Raphaël Piéchaud

Archives en ligne et communication institutionnelle

Pour une collectivité territoriale (département, commune), mettre à disposition des fonds issus des archives départementales ou communales sur internet est un projet qui ne peut se réduire à la simple visée logistique de désengorgement des archives départementales.
D’une part parce que toutes les AD ne sont pas engorgées et parce que toutes les expériences semblent montrer que la mise en ligne des registres paroissiaux et d’état-civil ne désertifie pas pour autant les salles de lectures.
D’autre part parce que la mise en ligne d’archives participe d’un mouvement d’accessibilité accrue du patrimoine mémoriel : une personne où qu’elle se trouve dans le monde peut désormais accéder à des archives ou documents numérisés qui se trouvent peut-être physiquement à des centaines ou milliers de kilomètres.

La mise en ligne des registres paroissiaux et d’état-civil et autres documents d’archives va également, selon moi, bien plus loin et ne se résume pas à des prérogatives ministérielles ou scientifiques. Elles amène la possibilité d’une forte action de communication de la part des conseils généraux à destination des généalogistes, des historiens, et au delà, à destination de l’ensemble des administrés.
C’est un moyen de mettre en avant l’action du département dans les domaines culturels et patrimoniaux en donnant l’occasion d’insister sur ses spécificités historiques et sociales. En facilitant l’accès à ses ressources archivistiques, le département ou la commune verra d’ailleurs par ricochet se développer les travaux historiques, généalogiques ou sociologiques sur son passé.
La mise en ligne d’archives peut devenir, en termes de communication institutionnelle, un puissant instrument de notoriété auprès de divers publics. Si la mise en ligne d’archives départementales fait rarement la une du journal de vingt heures, l’info est tout de même susceptible d’attirer l’attention d’un certains nombre de personnes, et pas uniquement parmis les administrés locaux : en 2001, une étude de la Sofres laissait par exemple entendre qu’entre 500 et 800.000 français seraient des généalogistes actifs. Ce qui représente un public non négligeable ! Non pas qu’il y ait nécessairement 500.000 Français qui se servent des archives en ligne, mais au moins le même nombre qui puisse être sensibilisé à leur existence…
Une mise en ligne réussie d’archives positive donc l’image de la collectivité concernée : combien de fois ne cite-t-on pas en exemple les archives départementales de la Mayenne pour la précocité et la qualité de leurs services en lignes ? autant d’échos positifs pour l’image du département.

Or, que se passe-t-il si une mise en ligne s’annonce entachée ? En regardant le cas récent des archives départementales de l’Hérault, on prend peur pour l’image du département et de ses AD auprès d’une des principales cibles : généalogistes et historiens. Alors même que la mise en ligne de l’état-civil aurait pu être une nouvelle acclamée par la communauté généalogique, l’accès payant annoncé a au contraire dressé une muraille d’incompréhension et de colère des généalogistes à l’égard du conseil général de l’Hérault et de la direction des archives (pétitions, protestations avec répercussions médiatiques locales)…
Certes, l’information de l’accès payant semble avoir pris de court les services de communication départementale, puisque révélée bien innocemment dans un article de presse. Mais ce qui est désormais avancé comme justifications (favoriser le tissu associatif plus ou moins local et les recherches collectives [1]) me semble plutôt tenir du reproche fait à un potentiel individualisme des généalogistes utilisant le web (gratuit)… On a vu communication plus réussie !

(Note au 10 mars 2008 : les archives de l’Hérault sont finalement annoncées pour la fin mars 2008 et… gratuites !)

Notes

[1] Pour les justifications avancées par les officiels de l’Hérault, voir une réponse de la directrice des AD34 et un article du Midi Libre (edit : l’article du ML n’est malheureusement plus en ligne…).


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6 commentaires

  1. maiwennb dit :

    A l’inverse il y a des conseils généraux qui malgré une politique patrimoniale culturelle folklorique mémorielle etc. importante, ne sont pas capables de faire une pauvre page html mentionnant seulement les horaires et le lieu des archives départementales… Je ne vise que mon cher département natal :)
    Heureusement que les généalogistes du Finistère sont dynamiques lol
    http://blog.geneanet.org/index.php/

  2. Raphaël dit :

    Effectivement ! C’est aussi le cas des Hautes-Alpes et de l’Aisne par exemple : rien sur le site des CG à propos des AD. Alors que d’autres préparent bien le terrain : adresse, horaires d’ouvertures, formalités (carte d’identité, carte de lecteur, etc).
    En même temps le retentissement culturo-folklorique des Hautes-Alpes ou de l’Aisne n’est peut-être pas non plus du niveau du Finistère. Alors au boulot justement !

  3. Raphaël dit :

    La Drôme également. Cela dit les pages cultures et patrimoines de leur site sont très complètes hormis ça.

  4. Lucien dit :

    Re-transcription de l’article du Midi-Libre édition Montpellier du 23 octobre 2007
    http://ad34webgratuit.free.fr/forum

    Je suis étonné que les généalogistes de la Savoie ne profitent pas de l’occasion pour lancer une pétition ainsi que ceux de Haute-Provence, peut-etre sont ils plus argentés que ceux de l’Hérault?

  5. Raphaël dit :

    Je pense aussi qu’il serait intéressant de savoir qui utilise les archives en ligne en majorité : des généalogistes qui n’habitent pas le département concerné, ou bien des généalogistes du département ?

    En tout cas, merci pour la transcription de l’article !

  6. Raphaël dit :

    Je tarde à faire passer l’info : les archives en ligne de l’Hérault sont annoncées pour la fin mars 2008 et… gratuites ! Voir le communiqué de presse du CG34 (fichier PDF).

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