Les cloches sonnent ce 24 juin 1828 en l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris. François Henry CHAMBRON et Gabrielle DESGROUX viennent d’être mariés. C’est, comme à l’accoutumée, la paroisse de l’épouse qui a accueillie la cérémonie : l’époux demeure en celle de Saint-Merry, rive droite, de l’autre côté de la Seine, où il exerce le métier de chapelier.

Dessin représentant l'atelier et les outils d'un chapelier en 1847
Tableau pour instruction de la jeunesse (1847) : le chapelier (Source : Gallica)

L’acte de mariage trouvé dans le registre de catholicité (et sur lequel semble se calquer l’acte d’état-civil reconstitué) dit l’époux « chapellier, demeurant rue St Denys n° 30 p[aroi]sse St Merry » ; c’est le contrat de mariage qui m’aura permis d’en savoir plus sur les époux et notamment ce marchand de chapeaux.

Ce contrat, passé le 22 mai 1828 à Paris (j’en parlais ici sur le blog), est évidemment plus bavard qu’un acte de mariage.

Le fonds de commerce

François Henry CHAMBRON (qui a alors 24 ans) est mon sosa #122 (voir l’arbre sur Geneanet). Le contrat de mariage le dit marchand chapelier et déclare dans ses biens un fonds de commerce :

son fonds de commerce de chapellier qu’il exploite à Paris susd[it]e Rue St Denis n°30 estimé avec l’achalandage y attaché deux mille trois cents (2300) francs

Ainsi que des « marchandises de chapellier garnissant ledit fonds de commerce » pour une valeur de 700 francs et la somme de 600 francs correspondant au loyer payé d’avance pour la location du fonds de commerce. Il n’est donc pas propriétaire des murs de la boutique.

Pour ceux qui connaissent la rue Saint-Denis à Paris, on peut encore y voir des immeubles anciens, certains ayant échappé aux ravages d’Haussmann et antérieurs au XIXème siècle. J’étais donc assez intrigué de voir à quoi pouvait ressembler la boutique ou du moins l’immeuble où vécut mon ancêtre.

À la recherche d’une boutique dans le Paris du XIXème siècle

Premier élément à prendre en compte : la numérotation des immeubles, même si elle a été instaurée en 1805 à Paris, a peut-être évolué depuis 1828. L’actuel 30 rue Saint-Denis est occupé par un Bistro Romain : certes il s’agit de restauration, mais pas celle qui prend fin en 18301.

Les Archives de Paris proposent en ligne un cadastre dit Atlas Vasserot réalisé entre 1810 et 1836, ce qui correspond tout à fait à ma période. J’ai indiqué par une flèche la boutique au n°30 et effectué une rotation pour orienter le plan vers le nord  :

Cadastre de Paris par îlot (1810-1836), 23è quartier Lombards, îlots n°17 à 19, cote F/31/83/17, AD75
Cadastre de Paris par îlot (1810-1836), 23è quartier Lombards, îlots n°17 à 19, cote F/31/83/17, Archives de Paris (AD75)

Le quartier ne semble alors pas vendre du rêve, selon l’historien Théophile Lavallée en 1852 :

Malgré les déblaiements qui y ont été opérés depuis la destruction du Châtelet, cette partie de Paris a gardé quelque chose de son ancien aspect : c’est encore un quartier sale, triste, encombré d’une population pauvre et laborieuse, où l’humidité, la misère, la maladie semblent suinter de tous les pavés et de tous les murs2

J’ai beau connaître le quartier, la plupart des rues indiquées sur le plan de 1810-1836 ne me disent pourtant rien. Et pour cause : ce secteur de la rue Saint-Denis a été détruit vers les années 1850 pour prolonger la rue de Rivoli vers l’Est.

Tout n’est pas perdu. Le plan parcellaire du cadastre ne me permettant pas de situer précisément le n° 30 de l’époque, j’ai estimé son emplacement grâce à l’échelle fournie, en reportant le plan ancien sur une carte actuelle. Ce qui donne l’emplacement approximatif de l’entrée de la boutique de chapeaux : un trottoir faisant l’angle entre la rue Saint-Denis et la rue de Rivoli !


Agrandir le plan

Difficile donc de voir à quoi ressemblait le quartier de la boutique de mon aïeul.

Comme l’indique le contrat de mariage, Henry CHAMBRON, le père de François Henry, était boulanger probablement dans l’Orne ou le Calvados. Je ne sais pour le moment pas comment le fils est devenu marchand de chapeaux. Et je n’ai pas encore cherché la boulangerie du père !

  1. Attention, il s’agit d’un jeu de mot pour dix-neuviémistes ! []
  2. Théophile Lavallée, Histoire de Paris, depuis le temps des Gaulois jusqu’en 1850, Paris, 1852, p. 312 : lire sur Gallica []