Des Racines et des Êtres

Blog généalogique de Raphaël Piéchaud

Archives nationales en Seine-Saint-Denis : un symbole raté

Le déménagement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine est déjà prévu depuis longue date, mais un article récent du  »Figaro » montre la concrétisation de ce gros projet.

Ce déplacement des fonds portera les Archives nationales à une trentaine de minutes de Paris en métro ou RER. C’est très bien de vouloir décentraliser la culture et le patrimoine dans une « banlieue sensible » (mes excuses aux Pierrefittois, c’est le Figaro qui le dit).

L'emplacement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine

Au delà du simple fait que le Marais, très honnêtement, c’est beaucoup plus sympa que les Tartres à Pierrefitte, les arguments avancés sur le site de Archives nationales sont néanmoins assez drôles : on annonce « un accès facile pour les publics franciliens, provinciaux et étrangers« . De préciser que le site se situe à 14 km de Paris et 18 km de l’aéroport de Roissy : car c’est bien connu, de nombreux provinciaux se plaignent de ne pas pouvoir venir facilement aux archives en avion.

Habitant moi-même en banlieue parisienne, je suis tout à fait pour le désenclavement des zones de banlieues, d’autant plus que le site du futur bâtiment est censé devenir une plateforme de transports multimodale (métro, RER, bus, divers tramway, future ligne de train…). Il faut néanmoins reconnaître une chose : si on veut permettre aussi facilement à tous les franciliens [1] d’accéder à un lieu, il faut que ce lieu se trouve dans Paris ou à immédiate proximité, pas à 30 mn en métro ou RER !

Mais ce que finalement, je trouve le plus amusant dans l’article du Figaro, c’est ce paradoxe, discrètement sussurré : le symbole raté de la mémoire de France dans une banlieue dite sensible.
Pour clore l’article, on nous cite les propos mignons de l’historien Pierre Nora : « Avec ce déménagement, le sanctuaire de la monarchie va se télescoper avec la France sensible, la France mélangée avec la France de la Basilique« . Ce qui permet à la journaliste de conclure par un ironique (je l’espère) « Du rôle du vieux papier comme pacificateur du 9-3 !« .

J’y vois de l’ironie parce que ce bon vieux Pierre Nora a un Sprague de retard. Cela fait quelques siècles que la Basilique de Saint-Denis est sur pattes. Le télescopage de la France mélangée avec le sanctuaire de la monarchie n’a jamais empêché ce coin de banlieue de devenir une France sensible. D’autant plus que les Archives nationales de Pierrefitte n’accueilleront que les documents postérieurs à la Révolution française. Pas de quoi fouetter un roi dans le 9-3 : on risque de trouver plus de paperasses administratives que de chartes et parchemins.

Le bâtiment des AN à Pierrefitte (maquette (c) Fuksas)

Ce qu’il y a de surprenant dans toute cette histoire de mise en valeur de la banlieue, c’est finalement bien le télescopage avec la France sensible (comme quoi, Nora n’a pas tout à fait tort). Vu la réputation de la Seine-Saint-Denis, vous aviez peur pour les vieux papiers ? Aucune inquiétude à avoir : les archives ultra-sensibles (archives de la monarchie, chartes…) « resteront à Paris, pour des raisons de sécurité et de prestige, avec les archives datant d’avant 1790 et le minutier central des notaires« , dixit le Figaro. Quant au dispositif de sécurité prévu, il ne peut être que rassurant (brrrrr) :

Situé dans une banlieue sensible – c’était un des paris de cette délocalisation décidée en 2004 par Jacques Chirac -, il sera soumis, bien sûr, au plan Vigipirate et sera fermé la nuit. Une caserne de pompiers sera construite à proximité, et un système de brumisation, moins dévastateur que l’eau en cas d’incendie, sera mis en place.

Le pari symbolique de cette délocalisation aura donc été une simple parade pour mieux faire avaler la couleuvre de l’éloignement. Au final, tout ce qui ressort de ce déménagement d’une partie des Archives nationales c’est que :

  • des efforts ont été fait pour permettre de meilleures conservation et protection des documents
  • le nouveau site des AN s’inscrit dans une logique de mise en valeur d’un territoire
  • la banlieue c’est loin mais l’offre de transport sera néanmoins largement à la hauteur
  • la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas encore assez sûr pour qu’on lui confie nos vieux papiers…

Notes

[1] Oui, ne nous leurrons pas, si les Archives nationales étaient destinées à tous les Français, il aurait mieux valu les installer à Vichy Moulins.


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Avant, j’avais écrit :
Après, j’ai écrit :

6 commentaires

  1. jfbedu1 dit :

    je cherche l’origine de mon nom de famille BEDU pouvez-vous m’aider ou me donner des tuyaux pour trouver ? merci de me répondre jean-francis Bedu

  2. Raphaël dit :

    Bonjour, mais je ne vois aucun rapport entre votre demande et cet article sur les archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine. Désolé de ne pouvoir vous renseigner.

    Mais si vous cherchiez bien :-) http://www.geneanet.org/nom-de-fami

  3. passante dit :

    « la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas encore assez sûr pour qu’on lui confie nos vieux papiers… »

    C’est votre point de vue, issu d’une lecture « à charge » d’un article du Figaro dont la formulation est effectivement parfois maladroite.

    Je me permets cependant de vous signaler que les archives présidentielles, aussi précieuses que le Trésor des chartes, et bien plus « sensibles » en terme de contenu, seront transférées à Pierrefitte – la confiance des Archives nationales envers la Seine-Saint-Denis est réelle.

    Sur la question de l’éloignement : 20 min de Saint-Lazare, et à 5 min à pied de la sortie du métro…. Pensez-vous réellement qu’avec le prix du foncier parisien, et compte tenu de la surface nécessaire, il était possible de trouver mieux?
    D’autant que le bâtiment sera situé à côté de Paris VIII, relié par les transports en commun aux Archives diplomatiques à La Courneuve…

    Quant au public, il est en grande partie (près de la moitié) provincial et étranger, et la liaison avec les transports autres que franciliens était une demande de sa part.

    Mais, puisque vous avez décidé que le projet est un symbole raté, ne cherchez surtout pas à vous renseigner un peu plus.
    C’est tellement plus confortable d’être sarcastique.

  4. Raphaël dit :

    Bonjour chère Passante,

    À l’avenir, lorsque vous vous fendez d’un long commentaire critique, n’hésitez pas à lire mes articles en entier, plutôt que de sauter des lignes ou de faire semblant de ne pas tout comprendre.

    Ce billet est effectivement mon point de vue, j’ai encore le droit d’avoir mon point de vue, n’est-ce pas ? Vous me pardonnerez donc mes paroles ironiques, j’ai une ligne éditoriale à maintenir :)

    Je suis entièrement d’accord avec vous sur les moyens à disposition : le foncier est cher à Paris, Pierrefitte c’est mieux que Fontainebleau en terme de distance, tout ça tout ça.

    Ce que je conteste, c’est la symbolique dans laquelle on veut envelopper ce déménagement : les archives historiques en « banlieue sensible », l’accessibilité en terme de transports… Pardonnez moi d’analyser la communication plus que l’événement.

    J’insiste donc :
    - les propos de Pierre Nora sur le téléscopage de l’Histoire et de la France sensible sont ridicules,
    - à choisir entre les Archives et des services publics (ceux du quotidien) bien implantés, 90 % des banlieusards sensibles auront fait leur choix. Et vous avez vous-même très bien compris les enjeux : il fallait de toute façon placer les archives dans un endroit proche de Paris mais pas trop cher. Les placer à Pierrefitte est donc bien un choix budgétaire, pas spécifiquement un symbole de confiance envers la Seine-St-Denis. Tout le blabla autour, c’est donc de la comm’ !
    - pour les provinciaux et étrangers qui viennent en avion via Roissy, il y a effectivement un gain de temps : combien sont-ils à venir une journée aux AN pour repartir le soir-même à Roissy ?
    - pour les provinciaux qui viennent en train (permettez moi de penser « une écrasante majorité ») : il n’y a d’argument de proximité valable que pour les gares de Saint-Lazare et du Nord.

    Pour ce qui est des archives présidentielles, je veux bien vous croire (permettez-moi néanmoins de penser que les documents réellement « sensibles » ont déjà été passés à la moulinette). Je vous concède ne pas m’être intéressé à ce point ! Ce qui n’enlève rien au fait qu’on ne mettra pas toutes les archives prestigieuses à Pierrefitte.

    Pour finir, oui, j’aime le confort. Pas vous ?

  5. Nadia dit :

    Y aurait-il quelqu’un qui connaitrait les dates possibles d’arrivées des Angers (écrit avec un  »S » important) en Amérique (Nord ou Canada si possible) ou quelqu’un qui connaitrait un peu de leur histoire, n’importe quoi. Je n’ai absolument aucun renseignement. Merci merci merci merci

  6. BALAI dit :

    Que de grande discussion pour les archives situées a PIERREFITTE ! Un petit détail quand même Messieurs Dames ! Le terrain pour installer les archives à été donner et non acheter à Pierrefitte. Alors ! A coté d’une ligne de métro et vue la surface ! Rien de mieux !

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