Catégories
Mes recherches

L’acte de mariage reconstitué Chambron & Desgroux aux archives de Paris

En l’état actuel de mes recherches, je n’ai pas de lignée parisienne dans mes ancêtres. Mais certains ont déjà croisé la capitale. Deux s’y sont même mariés (ensemble, hein !).

J’avais trouvé il y a quelques années déjà une référence au contrat de mariage de François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX (sosas 122 et 123) dans un acte de vente initié par leur petit fils Joseph FOUILLEUL (sosa 30). Le contrat était passé devant notaire à Paris le 22 mai 1828. Comme l’acte de mariage ne m’était pas nécessaire pour remonter les ascendances des époux (j’avais déjà connaissance des dates et lieux de naissance dans divers documents familiaux), j’avais mis de côté la recherche du document.

Puis je me suis finalement décidé à faire un saut aux Archives Nationales, où sont conservés les registres des notaires parisiens. Le contrat de mariage est très instructif sur les possessions de chacune des parties : le fonds de commerce de l’époux, maître chapelier rue Saint-Denis à Paris, les droits de l’épouse dans une maison, deux moulins et des prairies à Poix (Somme).
Malgré des informations aléatoires sur leur état-civil : prénoms, noms et qualités des parents, mais pas d’âges, encore moins de dates et lieux de naissance :

M. François Henry CHAMBRON, Me Chapellier, demeurant
à Paris rue St-Denis n°30,
fils majeur de défunt Henry Chambron boulanger et de De
Marie Angot décédée sa veuve.

&

Et Mlle Gabriele Augustine Adèle DESGROUX
demeurant à Paris rue de Bussy n° 28, chez M. Ledoux [Marchand] de nouveautés
fille majeure de défunt Jean Baptiste Desgroux [marchand] épicier
et de Made Adelaïde Marguerite Julie Beuvain, restée sa veuve
demeurant à Poix département de la Somme.1


Pour l’acte de mariage, direction les Archives de Paris : après avoir repéré la date en consultant le fichier alphabétique de l’état-civil reconstitué (numérisé et en ligne), je me suis rendu hier sur place pour consulter l’acte… Qui n’en dit vraiment pas plus que le contrat de mariage. Et pour cause !

En 1871, les Communards eurent la bonne idée de brûler l’Hôtel de Ville de Paris. La collection communale de l’état-civil parisien brûla elle aussi. Et comme en ces temps-là on ne faisait pas les choses à moitié, on brûla aussi le Palais de Justice, ce qui anéantit également la collection d’état-civil du greffe.
Hormis quelques registres sauvegardés ça et là, il a donc fallu, à partir de 1872, reconstituer les registres paroissiaux et d’état-civil parisiens, à l’aide des registres de notaires, des registres de catholicité conservés par les paroisses, et de la bonne volonté des Parisiens qui amenèrent divers documents et extraits d’actes pour compléter les périodes lacunaires. Selon les Archives de Paris, 8 millions d’actes auraient été détruits en 1871, mais un tiers ont tout de même pu être reconstitués.

L’acte de mariage civil de mes ancêtres a probablement été reconstitué à partir des seules sources disponibles : le contrat de mariage et l’acte de mariage religieux2.

Acte de mariage

Rétabli en vertu de la Loi du 12 février 1872, par la __ section de la Commission,
dans sa séance du __________________________

4è ARRONDISSEMENT DE PARIS3 – ANNÉE 1828

L’an mil huit cent vingt-huit, le vingt
quatre juin, à Paris,
Acte de mariage de François Henry
CHAMBRON, chapelier, demeurant rue
Saint-Denis, n° 30, fils de François
Henry Chambron et de Marie Angot,
son épouse, tous deux décédés ;
Et de Gabrielle Augustine Adèle
DESGROUX, demeurant rue de Bussy, n° 28,
fille de Jean Baptiste Desgroux, décédé,
et de Marguerite Adélaïde Julie Beuvain,
sa veuve.4

Heureusement que ce mariage n’était pas bloquant dans mes recherches, car hormis quelques indications de villes fournies dans le contrat de mariage, j’aurais risqué un peu de souci pour retrouver l’origine de l’époux.

  1. Contrat de Mariage de François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX, 22 mai 1828, Étude CI (notaire : Louis Jean Marie Morel D’Arleux), ET/CI/1030, Minutier Central des Notaires Parisiens, Archives Nationales []
  2. Mise à jour du 12 août 2010 : je l’ai trouvé ce matin en consultant les registres de catholicité de la paroisse Saint-Germain-des-Prés (celle de l’épouse), au 24 juin 1828 aussi. Il ne donne quasiment pas d’information supplémentaire à part les paroisses parisiennes des époux et les témoins au mariage. []
  3. À noter que l’époux habitait dans le VIème arrondissement ancien, quartier des Lombards, et l’épouse dans le Xème arrondissement ancien, quartier de La Monnaie. []
  4. Acte de mariage reconstitué de François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX le 24 juin 1828 à Paris, 5 Mi1 / 2053, AD75 []
Catégories
Considérations

Archives nationales en Seine-Saint-Denis : un symbole raté

Le déménagement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine est déjà prévu depuis longue date, mais un article récent du  »Figaro » montre la concrétisation de ce gros projet.

Ce déplacement des fonds portera les Archives nationales à une trentaine de minutes de Paris en métro ou RER. C’est très bien de vouloir décentraliser la culture et le patrimoine dans une « banlieue sensible » (mes excuses aux Pierrefittois, c’est le Figaro qui le dit).

L'emplacement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine

Au delà du simple fait que le Marais, très honnêtement, c’est beaucoup plus sympa que les Tartres à Pierrefitte, les arguments avancés sur le site de Archives nationales sont néanmoins assez drôles : on annonce « un accès facile pour les publics franciliens, provinciaux et étrangers« . De préciser que le site se situe à 14 km de Paris et 18 km de l’aéroport de Roissy : car c’est bien connu, de nombreux provinciaux se plaignent de ne pas pouvoir venir facilement aux archives en avion.

Habitant moi-même en banlieue parisienne, je suis tout à fait pour le désenclavement des zones de banlieues, d’autant plus que le site du futur bâtiment est censé devenir une plateforme de transports multimodale (métro, RER, bus, divers tramway, future ligne de train…). Il faut néanmoins reconnaître une chose : si on veut permettre aussi facilement à tous les franciliens [1] d’accéder à un lieu, il faut que ce lieu se trouve dans Paris ou à immédiate proximité, pas à 30 mn en métro ou RER !

Mais ce que finalement, je trouve le plus amusant dans l’article du Figaro, c’est ce paradoxe, discrètement sussurré : le symbole raté de la mémoire de France dans une banlieue dite sensible.
Pour clore l’article, on nous cite les propos mignons de l’historien Pierre Nora : « Avec ce déménagement, le sanctuaire de la monarchie va se télescoper avec la France sensible, la France mélangée avec la France de la Basilique« . Ce qui permet à la journaliste de conclure par un ironique (je l’espère) « Du rôle du vieux papier comme pacificateur du 9-3 !« .

J’y vois de l’ironie parce que ce bon vieux Pierre Nora a un Sprague de retard. Cela fait quelques siècles que la Basilique de Saint-Denis est sur pattes. Le télescopage de la France mélangée avec le sanctuaire de la monarchie n’a jamais empêché ce coin de banlieue de devenir une France sensible. D’autant plus que les Archives nationales de Pierrefitte n’accueilleront que les documents postérieurs à la Révolution française. Pas de quoi fouetter un roi dans le 9-3 : on risque de trouver plus de paperasses administratives que de chartes et parchemins.

Le bâtiment des AN à Pierrefitte (maquette (c) Fuksas)

Ce qu’il y a de surprenant dans toute cette histoire de mise en valeur de la banlieue, c’est finalement bien le télescopage avec la France sensible (comme quoi, Nora n’a pas tout à fait tort). Vu la réputation de la Seine-Saint-Denis, vous aviez peur pour les vieux papiers ? Aucune inquiétude à avoir : les archives ultra-sensibles (archives de la monarchie, chartes…) « resteront à Paris, pour des raisons de sécurité et de prestige, avec les archives datant d’avant 1790 et le minutier central des notaires« , dixit le Figaro. Quant au dispositif de sécurité prévu, il ne peut être que rassurant (brrrrr) :

Situé dans une banlieue sensible – c’était un des paris de cette délocalisation décidée en 2004 par Jacques Chirac -, il sera soumis, bien sûr, au plan Vigipirate et sera fermé la nuit. Une caserne de pompiers sera construite à proximité, et un système de brumisation, moins dévastateur que l’eau en cas d’incendie, sera mis en place.

Le pari symbolique de cette délocalisation aura donc été une simple parade pour mieux faire avaler la couleuvre de l’éloignement. Au final, tout ce qui ressort de ce déménagement d’une partie des Archives nationales c’est que :

  • des efforts ont été fait pour permettre de meilleures conservation et protection des documents
  • le nouveau site des AN s’inscrit dans une logique de mise en valeur d’un territoire
  • la banlieue c’est loin mais l’offre de transport sera néanmoins largement à la hauteur
  • la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas encore assez sûr pour qu’on lui confie nos vieux papiers…

Notes

[1] Oui, ne nous leurrons pas, si les Archives nationales étaient destinées à tous les Français, il aurait mieux valu les installer à Vichy Moulins.