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Considérations

Archives nationales en Seine-Saint-Denis : un symbole raté

Le déménagement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine est déjà prévu depuis longue date, mais un article récent du  »Figaro » montre la concrétisation de ce gros projet.

Ce déplacement des fonds portera les Archives nationales à une trentaine de minutes de Paris en métro ou RER. C’est très bien de vouloir décentraliser la culture et le patrimoine dans une « banlieue sensible » (mes excuses aux Pierrefittois, c’est le Figaro qui le dit).

L'emplacement des Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine

Au delà du simple fait que le Marais, très honnêtement, c’est beaucoup plus sympa que les Tartres à Pierrefitte, les arguments avancés sur le site de Archives nationales sont néanmoins assez drôles : on annonce « un accès facile pour les publics franciliens, provinciaux et étrangers« . De préciser que le site se situe à 14 km de Paris et 18 km de l’aéroport de Roissy : car c’est bien connu, de nombreux provinciaux se plaignent de ne pas pouvoir venir facilement aux archives en avion.

Habitant moi-même en banlieue parisienne, je suis tout à fait pour le désenclavement des zones de banlieues, d’autant plus que le site du futur bâtiment est censé devenir une plateforme de transports multimodale (métro, RER, bus, divers tramway, future ligne de train…). Il faut néanmoins reconnaître une chose : si on veut permettre aussi facilement à tous les franciliens [1] d’accéder à un lieu, il faut que ce lieu se trouve dans Paris ou à immédiate proximité, pas à 30 mn en métro ou RER !

Mais ce que finalement, je trouve le plus amusant dans l’article du Figaro, c’est ce paradoxe, discrètement sussurré : le symbole raté de la mémoire de France dans une banlieue dite sensible.
Pour clore l’article, on nous cite les propos mignons de l’historien Pierre Nora : « Avec ce déménagement, le sanctuaire de la monarchie va se télescoper avec la France sensible, la France mélangée avec la France de la Basilique« . Ce qui permet à la journaliste de conclure par un ironique (je l’espère) « Du rôle du vieux papier comme pacificateur du 9-3 !« .

J’y vois de l’ironie parce que ce bon vieux Pierre Nora a un Sprague de retard. Cela fait quelques siècles que la Basilique de Saint-Denis est sur pattes. Le télescopage de la France mélangée avec le sanctuaire de la monarchie n’a jamais empêché ce coin de banlieue de devenir une France sensible. D’autant plus que les Archives nationales de Pierrefitte n’accueilleront que les documents postérieurs à la Révolution française. Pas de quoi fouetter un roi dans le 9-3 : on risque de trouver plus de paperasses administratives que de chartes et parchemins.

Le bâtiment des AN à Pierrefitte (maquette (c) Fuksas)

Ce qu’il y a de surprenant dans toute cette histoire de mise en valeur de la banlieue, c’est finalement bien le télescopage avec la France sensible (comme quoi, Nora n’a pas tout à fait tort). Vu la réputation de la Seine-Saint-Denis, vous aviez peur pour les vieux papiers ? Aucune inquiétude à avoir : les archives ultra-sensibles (archives de la monarchie, chartes…) « resteront à Paris, pour des raisons de sécurité et de prestige, avec les archives datant d’avant 1790 et le minutier central des notaires« , dixit le Figaro. Quant au dispositif de sécurité prévu, il ne peut être que rassurant (brrrrr) :

Situé dans une banlieue sensible – c’était un des paris de cette délocalisation décidée en 2004 par Jacques Chirac -, il sera soumis, bien sûr, au plan Vigipirate et sera fermé la nuit. Une caserne de pompiers sera construite à proximité, et un système de brumisation, moins dévastateur que l’eau en cas d’incendie, sera mis en place.

Le pari symbolique de cette délocalisation aura donc été une simple parade pour mieux faire avaler la couleuvre de l’éloignement. Au final, tout ce qui ressort de ce déménagement d’une partie des Archives nationales c’est que :

  • des efforts ont été fait pour permettre de meilleures conservation et protection des documents
  • le nouveau site des AN s’inscrit dans une logique de mise en valeur d’un territoire
  • la banlieue c’est loin mais l’offre de transport sera néanmoins largement à la hauteur
  • la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas encore assez sûr pour qu’on lui confie nos vieux papiers…

Notes

[1] Oui, ne nous leurrons pas, si les Archives nationales étaient destinées à tous les Français, il aurait mieux valu les installer à Vichy Moulins.

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Insolite

Le temps des vacances…

Certains prêtres du XVIIIè siècle avaient l’air parfois tellement débordé qu’un peu de vacances ne leur aurait pas fait de mal. À moins qu’un excès de vacances fasse parfois prendre du retard dans la rédaction d’actes ?

La solution ? deux actes en un1 :

La semaine précédente ont été inhumés les corps
de Leonord Couppel fille de Me~ sr de la Rousselière
et fe~ et de Pierre Chenu fils de François Chenu
et de Marie Le – – – – – – sa femme le premier
agé de huit mois ou environ et lautre de
deux ans ou plus assistés de leurs peres et meres
aresté ce quatorze Aoust mil sept cent vingt
et trois
(signe : Hermé de Reveillon)

Ou encore, ni vu ni connu, la régularisation quatre mois après2 :

Il y a quatre mois ou environ qu’il a été
inhumé un enfant nommé Sebastien fils de —
Rousseau et de Marie Aubray ses pere et mere
en foy de quoi jay signé le present —
dixieme Aoust 1723
(signe : R. Fouilleul, prêtre)

  1. Registre paroissial de Saint-Aubin-Fosse-Louvain (53), 1723 (AD53 en ligne,  »Saint-Aubin-Fosse-Louvain BMS 1721-1736 – Mairie », vue 26). []
  2. Idem []
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Archives en ligne

Les archives de l’amirauté de Guyenne sont en ligne

Depuis le 12 mars, les archives départementales de la Gironde ont mis en ligne de nombreux documents administratifs issus de l’amirauté de Guyenne. Ces archives numérisées concernent la seconde moitié du XVIIème siècle et le XVIIIème siècle jusqu’en 1792.

La mise en ligne se divise en trois parties:
– Edits et arrêts
– Passeports et soumissions
– Port de Bordeaux : entrées et sorties des navires

Navire

Même si le site des archives rappelle que certaines années sont manquantes (notamment pour les registres des départs des navires du port de Bordeaux), ces documents sont d’un intérêt certains pour ceux qui font des recherches d’ancêtres marins ou passagers en région bordelaise.

Une numérisation qui rappelle également la nécessité d’une protection des archives par copie numérique : les archives de la Marine de Bordeaux ont disparu dans un incendie en 1919, alors qu’en 1917 c’est la collection du greffe des registres paroissiaux et d’état-civil du ressort de Libourne qui partait en fumée et en cendres dans l’incendie du tribunal…

À noter que les archives de l’Amirauté de Guyenne ont en partie été indexée sur le site Archives Canada-France (attention indexé ne veut pas dire dépouillé). Il est possible d’interroger la base de données du site uniquement pour le fonds de l’amirauté de Guyenne.

Consulter les archives de l’amirauté de Guyenne (ou bien, dans le menu, passer la souris sur « Salle de lecture » puis cliquer sur « Amirauté de Guyenne »).
L’indexation du fonds sur Archives Canada-France.

Selon une information relevée sur la liste CousinsGenWeb 33, une liste officielle des registres paroissiaux et d’état-civil en ligne devrait bientôt être publiée sur le site des archives.

(source iconographique : site des AD33)
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Méthodes & Outils

Dictionnaire des abréviations françaises

Le site de l’École Nationale des Chartes met à la disposition des internautes divers outils très utiles pour les paléographes en herbe autant que les plus confirmés.

On y trouve ainsi des « dossiers » (http://theleme.enc.sorbonne.fr/dossiers/) contenant des reproductions de documents manuscrits datant du Vème au XVème siècle, accompagnés de leur transcription, d’une traduction ainsi que de commentaires.

Enfin, plus proche des préoccupations directes des généalogistes, le site de l’ENC propose un Dictionnaire des abréviations françaises en ligne. Un outil qui s’avèrera particulièrement nécessaire pour vérifier ou déchiffrer certaines abréviations usuelles aux XVIIème ou XVIIIème siècles, mais totalement abandonnées de nos jours.

Ce dictionnaire ne propose cependant pas de recherche via un moteur, et il est à sens unique : en cherchant alphabétiquement une abréviation, vous trouverez le mot correspondant. Pour l’inverse, il vous faudra effectuer une recherche dans la page (ctrl+F) pour déterminer si le mot et son abréviation sont recensés.