Des Racines et des Êtres

Blog généalogique de Raphaël Piéchaud

Retour aux sources : la généalogie enfin sur France 2

Récemment on avait déjà pu voir avec plaisir Arte diffuser Sur les traces du passé, une mission où un généalogiste allemand et un français (Pierre-Valéry Archassal) aidaient des « anonymes » à remonter le temps et l’histoire de certains de leurs ancêtres. Dans Retour aux sources (adapté du format britannique Who do you think you are ?) on se penche cette fois-ci sur des célébrités : Vincent Perez et Clémentine Célarié pour les deux premiers épisodes, avec évidemment l’aide précieuse d’archivistes et généalogistes dont… Pierre-Valéry Archassal (auteur entre autres de Généalogie d’aujourd’hui).

Évidemment, le fait de remonter la généalogie de personnalités donne un intérêt médiatique supplémentaire, censé maintenir l’audimat de France 2. Pourtant les deux émissions ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Comme on ne peut en quelques semaines/mois de recherche, ni en une émission, faire le tour complet des ancêtres d’un sujet, il faut bien faire le tri. Et donc trouver les ancêtres les plus intéressants, que le de cujus soit connu ou pas ! Une sélection qu’évoque en partie Denis Colombi dans cette analyse pleine de bon sens du thème de l’émission.

Je lis sur Wikipedia que certains épisodes de la version britannique avaient été abandonnés, faute d’avoir pu trouver des ancêtres intéressants. Et oui c’est parfois chiant la généalogie : des quartiers entiers d’ancêtres paisiblement laboureurs à l’ombre du même clocher depuis des siècles !
L’histoire familiale des parents et grands-parents de Vincent Perez est tragique mais riche : grand-père paternel fusillé par les franquistes, maman ayant connu les bombardements alliés en Allemagne pendant la Seconde guerre mondiale. On n’est pas retourné très loin aux sources, mais l’émotion qu’appelle ces faits si proches n’en était que plus présente, comme cette découverte surprise de cousins germains.

Du côté de Clémentine Célarié on partait déjà dans le bon sens. Si papa n’avait a priori pas des origines très télégéniques (mis à part des origines bretonnes qui auraient fait le bonheur de Patrick Le Lay [1]), la généalogie maternelle est rapidement accrocheuse : les Bréguet sont une famille d’inventeurs et d’industriels depuis plus de 200 ans. Et, dans un format TV, il est salvateur de pouvoir montrer des portraits de famille qui remontent à aussi loin (quand pour nombre d’ancêtres nous nous contentons souvent d’une simple signature comme témoignage visuel). De là on lui trouve également un ancêtre peintre orientaliste ainsi qu’un Jean-Michel de Venture de Paradis, interprète du Roi au Levant (nous aurons tous appris ce qu’est un drogman), proche de Napoléon, qui mourut avant d’entrer dans Saint-Jean-d’Acre [2] et dont la famille a au passage laissé ses traces dans la toponymie des rues de Marseille.

Quant au cousinage avec Bertrand du Guesclin, il est l’occasion d’un recueillement sur le gisant du connétable à la basilique Saint-Denis. Une anecdote significative : la confusion opérée entre cousinage et descendance dans cette séquence montre bien le besoin de rendre plus télégénique la généalogie [3]. Sera-ce toujours aussi facile pour d’autres célébrités ?

Qu’en ont retenu Clémentine Célarié et Vincent Perez ? Sont-ils partis à la recherche de leurs autres ancêtres ? Ou bien pensent-ils avoir fait le tour de la question ? Si l’émission se poursuit, ce serait vraiment intéressant de faire, quelques mois après, des retours sur les personnes suivies et de voir si ces aperçus leur ont donné envie d’aller plus loin.

Avec entre 6 et 9 % de parts de marché hier soir, difficile de savoir si France 2 considèrera le pari de la généalogie TV comme concluant. Joliment préparée, scénarisée et réalisée, l’émission d’hier m’a bien plu et je ne puis que souhaiter une suite ! La généalogie est rare à la télévision, et voir le thème agréablement traité est très engageant (les avis dans la presse ont d’ailleurs été plutôt positifs), même si d’aucun regretteront le prisme télévisuel où le résultat de l’enquête compte souvent plus que les méthodes et le cheminement.

Pour ceux qui ont loupé la première diffusion, il me semble qu’une rediffusion est prévue, mais je vous invite à décortiquer le live-tweet de Retour aux sources (#rsources) fait par (et pour ?) des généalogistes :)

  1. Rhoooo ça va, si on peut même plus rigoler ! []
  2. Bon… malgré ce qu’en pense Clémentine, je ne suis pas sûr d’y voir un rapport avec le fait qu’elle ait nommé son fils Abraham, mais il faudrait penser à s’attacher les services d’un psychogénéalogiste au prochain épisode, je crois qu’elle a failli s’évanouir quand elle a cru comprendre qu’elle avait peut-être de la famille en Israël. []
  3. Avec les risques que cela comporte auprès des non-initiés qui s’empressent de modifier les fiches Wikipédia à l’emporte-pièce… []

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5 commentaires

  1. Fabrice Cassan dit :

    Tout à fait en phase avec cette analyse !!…beaucoup d’émotion partagée à observer Clémentine Célarié et Vincent Perez découvrir leurs racines, et voyager dans le temps et se fondre dans la vie et les moments de certains de leurs ancêtres…or cette sélection est bien choisie, à des fins marketing, même si je regrette cette confusion entre ancêtre et cousiange, quant on sait que Bertarnd du Guesclin n’a pas eu de descendance !!!…Toutefois, je me retrouve dans ce reportage et dans ces études, notamment celle de Clémentine Célarié, par l’ascendance si exotique de mes enfants, et par le même cousinage avec le fameux connétable via la famille de Mauny ou de Miniac, ou enfin par les origines étrangères de Vincent Perez….sourire complice.
    Bref, une belle incitation à cette curiosité sans fin, et à cet éveil culturel si considérable que développe et entretient la passion généalogique….
    Fabrice

  2. Raphaël dit :

    Merci pour votre témoignage Fabrice !

    Effectivement il ne faut pas être dupe : on ne peut pas intéresser le grand public à de la généalogie pure, en une émission. Il faut forcément travailler la façon d’en parler, trouver des angles d’approche, des accroches un peu plus clinquantes. Car ça ne fait pas forcément rêver le quidam de dire qu’avant de trouver l’acte de mariage de l’ancêtre il a fallut chercher pendant des heures dans des registre à l’écriture mal lisible :-)

  3. Et oui la généalogie peut être chiante mais c’est aussi beaucoup d’émotions comme le parcours de Vincent Perez où l’histoire personnelle percute de plein fouet l’Histoire. C’est une belle introduction à la généalogie pour ceux qui voient cela de loin, voire d’un mauvais œil…
    Je suis d’accord avec toi sur l’idée de faire un retour sur le retour aux sources. Ce sont-ils rapprochés de leur famille ? Sont-ils passés à autre chose ? Voient-ils les choses différemment ?

  4. Raphaël dit :

    Sur Généinfos, Charles Hervis revient sur les éléments contextuels qui ont empêché « Retour aux sources » d’atteindre l’audience méritée : http://geneinfos.typepad.fr/geneinfos/2010/09/retour-aux-sources-ou-comment-tuer-un-programme-de-qualite-france-2.html

  5. David dit :

    Totalement d’accord! (même avec la confusion entre descendance et cousinage). Le documentaire était intéressant, et même si on y parlait pas de généalogie au sens le plus strict, c’était intéressant à suivre, et plein d’émotion, surtout pour Vincent Perez.
    A recommencer donc.

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