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Les archives de Meurthe-et-Moselle en ligne, payantes et… bientôt rentables ?

Logo des archives en ligne de Meurthe-et-MoselleLa mise en ligne des archives d’état-civil de Meurthe-et-Moselle aurait pu se passer sans incident et surtout laisser entendre des hurlements de joie dans les chaumières généalogiques et sur le web. Or, l’accès au service est payant. Et quand on connaît les précédents (Savoie, Hérault, Saône-et-Loire), on se demande comment le conseil général meurthe-et-mosellan a pu se faire avoir aussi facilement.

Non pas qu’il soit inconcevable de faire payer un accès en ligne aux archives. Évidemment, c’est toujours mieux gratuit. Mais sous certaines conditions et justifications, à tarif raisonnable et si le service est à la hauteur, je ne trouve pas cela abominable comme principe.

Las, les foudres ont une fois de plus été déchaînées : pétition en ligne [1], commentaires dubitatifs, incompréhensifs, outrés ou râleurs sur blogs et listes de discussions. Non décidément, l’argent récolté ne servira pas à rembourser la communication puisqu’il n’y en a pas eu. Quand on sait les problèmes à chaque fois posés par une mise en ligne payante d’archives, on essaye au moins de soigner le public cible, qui est d’ailleurs une clientèle dans le cas présent. On lui explique pourquoi le service est payant. Et on essaye d’avoir de bons arguments.

En même temps… comment argumenter ?

» 2 € les 24 heures de consultation consécutives ;
» 10 € les 7 jours (7 fois 24 heures de consultation consécutives) ;
» 30 € les 30 jours (30 fois 24 heures de consultation consécutives).

Si l’on en croit la directrice des archives départementales de Meurthe-et-Moselle, le coût de la mise en ligne de ces archives, celui-là même qu’elle déclarait comme ne pouvant être à la charge des administrés, est de 15 000 euros annuels [2].
En proposant un forfait de 2 euros par an, plutôt que les actuels tarifs, il suffirait donc de 7500 utilisateurs annuels pour amortir pleinement la dépense. Est-ce insurmontable ?
Avec les forfaits actuellement demandés, je serais donc très curieux de savoir au bout de combien de mois (semaines ?) le site des AD54 fera ses premiers… bénéfices !

Notes

[1] Je ne m’étend pas sur le sujet, mes avis se trouvent dans les commentaires de la pétition FranceGenWeb.

[2] Citée dans un commentaire sur le blog de FranceGenWeb.

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Quitte à pétitionner, autant bien le faire !

Je ne crois pas être un vilain conservateur réactionnaire qui ne fait rien pour changer le monde généalogique. Mais je ne peux m’empêcher d’en avoir l’air lorsque je vois régulièrement des appels à signer cette pétition de demande de numérisation et mise en ligne des archives intitulée « Requête en faveur de la numérisation de toutes les Archives Françaises« . Et je suis pourtant entièrement d’accord avec le principe d’une numérisation et mise en ligne des archives, au moins des registres paroissiaux et d’état-civil de France, pour diverses raisons.

Voici ce que dit la pétition :

Monsieur le Président de la République,

Nous soussignés chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens, souhaitons voir réalisés dans des délais proches grâce aux moyens technologiques actuels, la numérisation et la mise en ligne de l’ensemble des archives ( État-civil, Registres Paroissiaux, Actes Notariés, Cadastre, Censiers, Cartulaires etc.) en accès libre dans le respect des délais de consultations publiques prescrites par la Loi (Délai maximum de 100 ans).

Le travail des chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens, surtout ceux qui ne peuvent se déplacer aux Archives en serait grandement facilité. Les relations cordiales que ces derniers ont pu nouer au fil de leurs recherches et de leurs contacts chaleureux ne demandent qu’à a amplifier un fait de société enrichissant pour l’histoire de nos ancêtres et réunissant de plus en plus de familles enthousiastes de ce nouveau lien social.

Bien entendu cette numérisation et la mise en ligne allégeraient considérablement le travail des Archives et préserveraient leurs fonds. Le patrimoine papier devant être sauvegardé au même Titre que le patrimoine pierre, afin de le préserver des divers parasites et animaux attaquants le papier..

Cette action aura aussi pour but de mettre fin au mercantilisme de certaines sociétés cotées en Bourse depuis Mars 2007, qui profitent de l’engouement pour la généalogie de millions de Français, dont un grand nombre ont eu l’imprudence d’indexer leurs arbres généalogiques sur les sites Internet de ces sociétés et qui maintenant se retrouvent en vente.

De nombreux chercheurs, étudiants, généalogistes, membres d’associations généalogiques, historiens, ne peuvent se déplacer pour des raisons financières dans des Archives éloignées de leur domicile, ainsi que les descendants d’émigrés français à l’étranger et qui font des recherches en France.

Pour financer cette opération, nous vos suggérons de lancer :

1)Une souscription internationale
ou
2) de faire appel au parrainage des Entreprises au niveau International et National. (Il y a des Associations Généalogiques dans de nombreuses entreprises, Sénat, Assemblée Nationale, Ministères.)
ou
3) Souscription Internationale + Parrainage des Entreprises au niveau International et National

Nous vous serions gré de bien vouloir nous tenir informés des dispositions qui pourraient être prises à ce sujet.

Avec nos remerciements et nos respectueuses salutations

Cette pétition circule depuis un bon bout de temps sur internet (elle a été créée le 23 octobre 2007). Malheureusement il est impossible d’y ajouter des commentaires ou remarques. Alors je profite de mon blog pour dire ce que je pense de cette pétition. Il ne s’agit bien sûr que de mon humble avis de généalogiste amateur. Bouh le méchant !

Quelques remarques sur la forme, qui a tout de même son importance lorsque l’on cherche à porter un message au plus haut de la hiérarchie de la République :

  • Le titre est extrêmement mal choisi : il ne parle que de numérisation. Or, la pétition demande également la mise en ligne.
  • Le ton fait parfois penser à une sommation. Pas très fin psychologiquement.
  • Il y a quelques fautes de frappe ou de grammaire…

Mais attardons-nous sur le fond :

  • Le paragraphe sur le « mercantilisme de certaines sociétés cotées en Bourse depuis Mars 2007 » sonne comme un règlement de compte en plus de n’être absolument pas clair.
  • Je me trompe peut-être, mais les archives départementales étant un service décentralisé, et de fait géré par les départements, je ne vois pas comment le président de la république himself pourrait interférer sur la décision des départements de mettre ou non en ligne ces archives. Ces archives étant la propriété des départements et non de l’État français [màj : voir la judicieuse précision de Maïwenn à ce propos, en commentaire].
  • Les solutions de financement proposées sont quelque peu hasardeuses. Même si envisageables, elles ne reposent sur aucune étude de faisabilité valable. Que veut dire par exemple une « souscription internationale » lorsque l’on sait que la mise en ligne génère des coûts réguliers (serveurs, maintenances) : une souscription chaque année ? Et qui va payer ? Ceux qui refusent de payer pour accéder aux archives en ligne ?

Certes, l’idée d’une infrastructure nationale pour fédérer les départements autour d’un système unique qui permettrait d’amortir les coûts pourrait être une belle proposition. Mais ce n’est en tout cas pas pas suffisamment clairement suggéré par cette pétition.

Pourquoi, plutôt que de lancer des initiatives individuelles, ne pas lancer un réel débat de réflexion et d’étude autour de la question, via les forums et listes de discussions ? Il y a forcément, parmi les généalogistes intéressés, des spécialistes du droit public, des services d’archives, etc.