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Vie des ancêtres

Les possibilités de rencontre d’un couple à Paris en 1828

Je parlais dernièrement du mariage en 1828 à Paris de François Henry CHAMBRON, chapelier rue Saint-Denis, avec Gabrielle DESGROUX, mes sosa #122 et #123 (voir l’arbre descendant). J’ai quelques idées sur la façon dont les époux ont pu se rencontrer ou être mis en relation.
Je me dis souvent qu’il ne sert à rien de faire ce genre de suppositions puisque quelques documents d’archives ne donnent qu’une infime partie du contexte de vie des ancêtres. J’ai finalement trouvé l’exercice intéressant, au moins pour penser avec les paramètres de l’époque : seule certitude, mes ancêtres ne se sont pas rencontrés sur Meetic.

Rencontre au Bal (réimpression d'une gravure de 1827 in Le Bon Genre , 1931. Source : Gallica)
La Rencontre au Bal (réimpression d’une gravure de 1801 issue d’un recueil de 1827 : Le Bon Genre, 1931, vue 51. Source : Gallica)
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J’ai cherché la boutique de mon ancêtre chapelier à Paris

Les cloches sonnent ce 24 juin 1828 en l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris. François Henry CHAMBRON et Gabrielle DESGROUX viennent d’être mariés. C’est, comme à l’accoutumée, la paroisse de l’épouse qui a accueillie la cérémonie : l’époux demeure en celle de Saint-Merry, rive droite, de l’autre côté de la Seine, où il exerce le métier de chapelier.

Dessin représentant l'atelier et les outils d'un chapelier en 1847
Tableau pour instruction de la jeunesse (1847) : le chapelier (Source : Gallica)
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Jean-François Passenaud : un homme de parole

Né en 1816, Jean-François (dit Chéri) PASSENAUD (mon ancêtre à la 5ème génération), fils d’une Puydômoise et d’un Cantalien de Saint-Flour, aura passé l’essentiel de sa vie entre Billom (où il est né et décédé) et Thiers, pour ses activités professionnelles.

Jean-François PASSENAUD (Thiers)
Le petit Jean-François PASSENAUD (dessiné par on ne sait qui, on ne sait trop quand) [coll. personnelle]

Jean-François Passenaud obtint son diplôme de bachelier en Droit en 1838 et fut par la suite licencié en Droit et avocat. Il acquit une charge d’avoué à Thiers en octobre 1842 :

Nomination de Jean-François Passenaud en tant qu'avoué à Thiers
Nomination de Jean-François Passenaud en tant qu’avoué à Thiers [coll. personnelle]

C’est d’ailleurs en organisant la succession de son activité professionnelle qu’il rencontrera un certain Joseph FOUILLEUL (arbre en ligne), avocat, qui finira par épouser sa fille, Gabrielle PASSENAUD (arbre en ligne). Tant qu’à faire !

De l’homme de loi à l’homme politique, il n’y a parfois qu’un pas, sûrement parce que parler beau aide beaucoup pour s’adresser aux électeurs. Jean-François Passenaud était un Républicain, et je suis tombé sur plusieurs documents (affiches électorales, professions de foi…) dans nos papiers de famille.

Document de campagne électorale à Thiers (signé Passenaud)
Document de campagne électorale à Thiers (signé Passenaud) [coll. personnelle]

Un politicien un peu poète aussi, lorsqu’il répondait en 1880 aux attaques de trois conseillers municipaux, dans un tract imprimé :

Ce que j’étais avant 1848, je le suis en 1880 :
Soldat de la Liberté, parce qu’à tout elle donne la vie !
Soldat de la République, parce qu’elle doit être la formule de la justice !
Soldat de la Démocratie qui élève et non de celle qui abaisse !

PASSENAUD,
Conseiller Général

Selon une notice bibliographieque publiée dans Histoire de l’administration civile dans la province d’Auvergne et le département du Puy-de-Dôme1 (1902), mon ancêtre fut en effet élu conseiller général du canton de Thiers aux élections du 9 avril 1876 :

[…] il fut élu par ce canton conseiller général du Puy-de-Dôme aux élections du 9 avril 1876. Il resta en fonctions jusqu’aux élections du 1er août 1880, époque où il fut battu avec 252 voix par M. Guillemin Betant, maire de Thiers, qui en obtint 1,941, sur 3,796 votants et 5,363 inscrits. Il mourut à Billom le 23 septembre 1887.2

Battu à 252 voix contre 1941 ? Humpf, le bilan politique de Jean-François Passenaud n’était peut-être pas si bon (mise à jour 14h13 : j’avais lu un peu vite, et comme le souligne judicieusement Hervé dans son commentaire ci-dessous, Jean-François Passenaud a probablement été battu de 252 voix à cette élection, ce qui lui faisait un score de 1689 voix et non de 252.)

Si je vous parle de ce parcours professionnel et politique où la maîtrise de la parole joue beaucoup, c’est parce que je suis tout récemment tombé sur un numéro de 1833 de La France Littéraire dans Gallica. Une longue chronique se félicite des « triomphes de notre jeunesse » et cite les valeureux élèves récompensés durant l’année scolaire écoulée, dont :

Au collége de Billom, les élèves qui se sont le plus distingués, sont, en philosophie : M. Vidal, de Vertaison ; en rhétorique, M. Passenaud, de Billom.3

Avocat, avoué, politicien. L’avenir du jeune orateur Passenaud était donc tracé depuis son adolescence !

  1. Ouvrage qui contient d’ailleurs plusieurs références à des interventions du conseiller général Passenaud dans les séances de l’assemblée départementale. []
  2. Page 833. []
  3. Pages 500-501. []
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À mon frère Pierre, poète, marin, médecin

Il ne suffit pas de deux documents pour faire d’un homme un poète. Peut-être. Alors tout du moins lui prêter l’âme d’un poète ?

Je trouvais il y a un peu plus de deux ans, dans un ouvrage de Martial Piéchaud (Le Retour dans la Nuit, 1914, Grasset), une dédicace qu’il adressait à son frère Pierre, mon arrière-grand-père, disant ceci :

Dédicace de Martial Piéchaud à Pierre Piéchaud

À mon frère Pierre,
poète, marin, médecin,
je fais l’hommage,
du plus profond de mon coeur
de ce livre de nostalgie
et de souffrance.

Martial.

12 juin 1914.

Né en 1886, Pierre Piéchaud fut docteur en médecine. Il officia dans la marine militaire ainsi qu’à l’école de Santé Navale de Bordeaux, sa ville natale. En faisant quelques recherches sur Google, j’étais tombé sur la fiche d’un livre d’occasion vendu sur Chapitre.com : il s’agissait du recueil de l‘Académie des Jeux Floraux de l’année 1904 (consulter sur Gallica).
Le sommaire était noté sur cette fiche, où l’on pouvait lire le nom de Pierre Piéchaud. J’avais plutôt l’habitude de trouver des références à Martial ou Louis Piéchaud sur les sites de bibliophiles, tous deux étant écrivains et journalistes.

Le site Gallica de la BNF [1] avait prévu de mettre en ligne tous les volumes des recueils de l’Académie des Jeux Floraux, mais il me fallut attendre quelques mois avant que le volume qui m’intéressait soit publié sur le site [2]. La page 81 reproduit bien un sonnet écrit par un Pierre Piéchaud, de Bordeaux. J’ai donc à peu près toute certitude qu’il s’agit de mon arrière-grand-père : il n’y avait pas d’autre Pierre chez les Piéchaud de Bordeaux.

Voici donc, en exclusivité sur ce blog, un poème de mon arrière-grand-père Pierre Piéchaud, intitulé Le Cloître :

LE CLOÎTRE

Sonnet

Présenté au concours

Par M. Pierre PIÉCHAUD, à Bordeaux

Le vieux cloître est caché maintenant sous le lierre ;
L’herbe grimpe le long des graciles piliers,
Et le temps a rendu rugueux les murs de pierre
Qui voyaient autrefois passer les Cordeliers.

Et parmi les senteurs et la grise lumière,
Sur ces blocs où les jours ont passé par milliers,
Comme un parfum d’encens après une prière
Flotte le souvenir des siècles oubliés.

Mais, le soir, le passé revit. Parmi la brise
On entend un bruit très lointain de chants d’église
Qui prolonge l’écho des psaumes d’autrefois ;

Et sous la frondaison verte qui les protège,
On voit, sur le fond, blanc de lune, des murs froids,
Silencieusement glisser un lent cortège.

(lire le poème sur Gallica)

Une fois de plus, un document que je n’aurai jamais trouvé sans l’aide du web :)

Notes

[1] À l’époque il s’agissait encore de l’ancienne version, sans recherche plein-texte possible.

[2] Note : il m’a d’ailleurs également fallu plusieurs mois (genre environ 18) pour que je vous en parle ici, c’est dire si je gère encore moins bien mes délais que Gallica :-)

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Historique du 95è Régiment d’Infanterie : Campagne 1914-1918

11 novembre oblige (je sais, c’était hier), je me disais qu’il fallait marquer un peu le coup. Je ne savais pas trop comment. Depuis l’ouverture de ce blog et les quelques billets sur mon arrière-grand-père Robert Bourbon, j’ai eu l’occasion d’échanger avec diverses personnes, comme moi à la recherche d’informations pour en savoir plus sur leur ancêtre poilu.

Robert Bourbon était capitaine dans le 95ème régiment d’infanterie. Parmi photos et documents le concernant, j’étais tombé sur un livret intitulé Historique du 95ème Régiment d’Infanterie : campagne 1914-18.

Couverture Historique du 95è Régiment d'Infanterie (1914-18)

Comme quelques personnes me demandent régulièrement d’où vient ce document et ce qu’il contient, plutôt que de faire des envois individuels, autant le mettre à la disposition de tous, une fois pour toute. Outre le récit des diverses batailles auxquelles a participé le 95è, on trouve à la fin de ce livret une liste nominative des officiers et soldats tués à l’ennemi.

J’ai scanné le tout au format PDF, en plein-texte (permet de faire une recherche sur un nom par exemple). C’est du lourd (22 Mo pour 44 pages) mais je vous ai fait ça proprement.
J’ai entièrement conscience que cet ouvrage n’est probablement pas libre de droit. Donc si cette mise en ligne dérange un éventuel ayant-droit, je suis prêt à la retirer. En même temps, en l’absence d’auteur identifié, dur de les trouver ces ayants-droit !

Historique du 95ème Régiment d’Infanterie (Campagne 1914-18)
(PDF – 22,5 Mo)

Dès le début, la lecture donne une jolie image des élans positifs du départ à la guerre… Ça en devient presque beau :

Les préparatifs commencent immédiatement, les réservistes arrivent joyeux et confiants. Le 5 août, a lieu la revue de départ, et le 6 au soir, après un passage triomphal dans les rues de Bourges, le régiment s’embarque à Port-Sec, dans des trains pavoisés.

Pour compléter le tableau, de façon moins romancée mais probablement pas exempte d'(auto-)censure, je vous conseille de consulter les Journaux des Marches et Opérations (J.M.O.) qui ont été mis en ligne à l’occasion de ce 11 novembre (quelques jours avant pour être précis) [1].
Pour le fonctionnement du site et de la recherche de J.M.O., je vous invite à consulter l’article sur le blog de Généanet, qui est très complet.
On trouve évidemment en ligne le journal du 95ème Régiment d’Infanterie, avec le récit au jour le jour des actions et faits d’armes, mais aussi les chiffres des pertes humaines.

À propos de Robert Bourbon, au 29 octobre 1918 [2] :

Le Bataillon Delarue tient la crête militaire de la croupe N. de chapelle, depuis le chemin de terre N.S. chapelle – Recouvrance, jusqu’en 00.34 sur le chemin de terre E.O. passant par la Chapelle, où se fait la liaison avec le Régiment de gauche. Celui-ci est encore au Sud de la cote 91.
Les mitrailleuses de Banogne lui causent toujours beaucoup de mal, et rendent impossible toute circulation à la pointe O. de la croupe de Chapelle. Le capitaine adjudant major Bourbon est mortellement atteint, le sous-lieutenant Cotineau, de la 11è, très grièvement.

Je n’en saurai donc pas tellement plus ici sur les circonstances exactes de son décès, mais de document en document, on finit par cerner des éléments plus précis.

Extrait du Journal des Marches et Opérations du 95è RI

Je vous souhaite un joli mois de novembre et que la paix soit dans vos esprits.

Notes

[1] Ils sont toujours physiquement disponible aux archives militaires du fort de Vincennes (94).

[2] J.M.O. – 19 octobre 1918 – 27 avril 1919 – 26 N 670/8, vue 9.