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Vie des ancêtres

J’ai cherché la boutique de mon ancêtre chapelier à Paris

Les cloches sonnent ce 24 juin 1828 en l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris. François Henry CHAMBRON et Gabrielle DESGROUX viennent d’être mariés. C’est, comme à l’accoutumée, la paroisse de l’épouse qui a accueillie la cérémonie : l’époux demeure en celle de Saint-Merry, rive droite, de l’autre côté de la Seine, où il exerce le métier de chapelier.

Dessin représentant l'atelier et les outils d'un chapelier en 1847
Tableau pour instruction de la jeunesse (1847) : le chapelier (Source : Gallica)
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Noms de famille

L’ascendance Piéchaud en Auvergne enfin débloquée !

Grâce au courrier précieux d’un cousin bien éloigné, je crois que j’ai enfin pu me confirmer une fois pour toute l’ascendance auvergnate de la famille Piéchaud. Et m’enfin débarrasser d’une sacrée épine généalogique !

L’origine auvergnate des Piéchaud : une légende familiale ?

Si dès la moitié du XIXème siècle les Piéchaud naissaient en Gironde, leur ancêtre Louis-Guillaume PIÉCHAUD (sosa n° 48) naissait lui en 1811 sur l’île d’Oléron, à Chéray, commune de Saint-Georges. Cela je l’apprenais dans le premier volume de ses mémoires, dont je vous parlais ici en 2008. Son père Guillaume PIÉCHAUD était également né à Oléron, en 1783, fils d’Élisabeth ETELLIER, une locale, et de Jean PIÉCHAUD (qui en fait s’appelait Jean PICHOT1), un marchand venu d’Auvergne. Voici ce qu’écrivait mon ancêtre à ce propos :

C’est ainsi que vers 1770 arrivèrent à l’île d’Oleron deux frères et une sœur Piéchaud natifs de la paroisse de Louche, Province d’Auvergne, évêché de Clermont, département du Puy de Dôme, pays où se fait particulièrement le commerce de la toile et du linge de toute espèce, d’autres documens [sic] les diraient natifs de Pradée, commune d’Allége, dept. du Cantal, Auvergne. Toutefois la première version se trouve conforme aux actes de mariage et de décès, elle est donc la plus probable.

Mon ancêtre indiquait également dans ses mémoires les date, lieu et notaire du contrat de mariage, ce qui me permit à défaut de pouvoir consulter celui-ci, de me diriger vers les registres paroissiaux de Charente-Maritime (AD17) lors de leur mise en ligne. Tout aurait été simple si l’acte de mariage trouvé n’avait pas été ambigu

Des actes de baptême des enfants du couple et les actes de sépulture des parents confirment la version de mon ancêtre : un papa Jean Pichot (avec des variantes du nom type Pichos, Pichaud, Piesseau…) et une maman Elisabeth Etellier (avec des variantes type Tilliet, Etiliere…). Par exemple mon aïeul Guillaume Piéchaud est dit fils de Jean Pichot et Elisabeth Tilliet.

Un acte de mariage bien épineux

Mais un acte de baptême et surtout l’acte de mariage du 6 juillet 1773 à Saint-Pierre d’Oléron posent problème au niveau de l’épouse, qui n’est visiblement pas Elisabeth Etellier :

Extrait de l'acte de mariage de Jean Pichot et Elizabeth "Bury" (1773)
Extrait de l’acte de mariage de Jean Pichot et Elizabeth « Bury » (AD17 en ligne – Saint-Pierre d’Oléron (greffe) – 06/07/1773)

Le six de juillet mille sept cent soixante traise
[…] je soussigné ay reçu le consentement mutuel
de mariage de Jean Pichot fils légitime de feu Pierre
Pichot et de Jeanne Combes laboureur, natif du
village de Pradier paroisse d’Allanche diocèse de Clermont
en Auvergne d’une part, et d’Elizabeth Bury fille aussi
legitime de feu Antoine Bury laboureur et de vivante
Jeanne Masonne native de la paroisse de Saint Denis […]

Le rédacteur de l’acte s’est-il trompé de nom ou a-t-il confondu deux Élisabeth : une Étellier et une Bury ? Jean PICHOT s’est-il marié deux fois ? L-G Piéchaud s’est-il trompé en citant le mariage (je n’en ai pas trouvé d’autre correspondant) ?  Une confusion que l’on retrouve jusque dans les baptêmes de certains des enfants !

Même s’il apparaissait plutôt sûr que le Jean Pichot du mariage était le bon, l’absence de fiabilité des documents m’empêchait de relier avec certitude cette ascendance auvergnate.

Un cousin salvateur

J’avais justement été contacté il y a près de deux ans par un cousin très éloigné, descendant d’une des filles de Jean Pichot et Elisabeth Etellier, avec qui nous avions pu échanger nos questionnements sur cet épineux mariage. Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls à nous interroger :

Mention "étellier ?" ajoutée en glose d'un acte au nom de Buril (Bury)
Mention « étellier ? » ajoutée en glose dans l’acte de baptême d’Anne Geneviève « Piesseau » (fille Jean & Elisabeth Buril/Bury) (AD17 – St-Pierre d’Oléron – 06/09/1790)

Puis mercredi dernier, j’ai reçu de la part de mon cousin une photocopie du fameux contrat de mariage.

Qui me semble tout éclaircir. Extrait :

Contrat de mariage de Jean Pichot avec Elisabeth Etellier

Aujourd’hui sixième du mois de juillet mil sept cent soixante
treize après midy par devant le no[tai]re royal en S[ain]tonge résidant
a l’isle d’Oleron soussigné et en présence des témoins basnommés a été
traitté et accordé les conventions du mariage qui a été beny
ce matin en l’eglize du présent bourg et pa[roi]sse de St Pierre en la
ditte isle, d’entre Jean Pichot m[archan]t colporteur, natif
de la pa[roi]sse de Lanche province d’Auvergne évêché de Clermont
dem[euran]t depuis plusieurs années audit présent bourg de St Pierre
fils légitime de feu Pierre Pichot et de vivante Jeanne Combe
d’une part.
Avec Elizabeth Etellier fille aussy légitime de feu René
Etellier et de vivante Elizabeth Masson
native de la pa[roi]sse
de St Denis aussy en la ditte isle et habitante depuis
plusieurs années dud. Bourg de St Pierre d’autre part.

[…]

Il y eu donc bel et bien une erreur sur l’acte de mariage (sur le registre communal comme sur celui du greffe) : Jean PICHOT (sosa n° 192), natif d’Auvergne, épousa Elizabeth ETELLIER (sosa n° 193), native de Saint-Denis-d’Oléron.

Le berceau de la famille Piéchaud Pichot

Quant au lieu d’origine de Jean Pichot, il s’agit donc du village de Pradiers (Cantal), dépendant à l’époque de la paroisse d’Allanche, au cœur du massif du Cézallier. Dans l’acte de mariage, on lit « Pradier paroisse d’Allanche » (et du coup je ne vois pas comment mon ancêtre put lire « Allège »), tandis que dans le contrat de mariage je lis « Lanche » (L-G Piéchaud lut apparemment « Louche »), ancienne forme du nom d’Allanche2 :


Agrandir le plan

PS : je ne vous invite pas à consulter mon arbre en ligne sur Geneanet, il n’est pas du tout du tout du tout à jour à ce sujet.

  1. Le nom aura évolué sur à peine une génération, je pense que ce sera l’occasion d’un rapide billet prochainement. []
  2. cf. précision en commentaire []
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Mes recherches

L’acte de mariage reconstitué Chambron & Desgroux aux archives de Paris

En l’état actuel de mes recherches, je n’ai pas de lignée parisienne dans mes ancêtres. Mais certains ont déjà croisé la capitale. Deux s’y sont même mariés (ensemble, hein !).

J’avais trouvé il y a quelques années déjà une référence au contrat de mariage de François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX (sosas 122 et 123) dans un acte de vente initié par leur petit fils Joseph FOUILLEUL (sosa 30). Le contrat était passé devant notaire à Paris le 22 mai 1828. Comme l’acte de mariage ne m’était pas nécessaire pour remonter les ascendances des époux (j’avais déjà connaissance des dates et lieux de naissance dans divers documents familiaux), j’avais mis de côté la recherche du document.

Puis je me suis finalement décidé à faire un saut aux Archives Nationales, où sont conservés les registres des notaires parisiens. Le contrat de mariage est très instructif sur les possessions de chacune des parties : le fonds de commerce de l’époux, maître chapelier rue Saint-Denis à Paris, les droits de l’épouse dans une maison, deux moulins et des prairies à Poix (Somme).
Malgré des informations aléatoires sur leur état-civil : prénoms, noms et qualités des parents, mais pas d’âges, encore moins de dates et lieux de naissance :

M. François Henry CHAMBRON, Me Chapellier, demeurant
à Paris rue St-Denis n°30,
fils majeur de défunt Henry Chambron boulanger et de De
Marie Angot décédée sa veuve.

&

Et Mlle Gabriele Augustine Adèle DESGROUX
demeurant à Paris rue de Bussy n° 28, chez M. Ledoux [Marchand] de nouveautés
fille majeure de défunt Jean Baptiste Desgroux [marchand] épicier
et de Made Adelaïde Marguerite Julie Beuvain, restée sa veuve
demeurant à Poix département de la Somme.1


Pour l’acte de mariage, direction les Archives de Paris : après avoir repéré la date en consultant le fichier alphabétique de l’état-civil reconstitué (numérisé et en ligne), je me suis rendu hier sur place pour consulter l’acte… Qui n’en dit vraiment pas plus que le contrat de mariage. Et pour cause !

En 1871, les Communards eurent la bonne idée de brûler l’Hôtel de Ville de Paris. La collection communale de l’état-civil parisien brûla elle aussi. Et comme en ces temps-là on ne faisait pas les choses à moitié, on brûla aussi le Palais de Justice, ce qui anéantit également la collection d’état-civil du greffe.
Hormis quelques registres sauvegardés ça et là, il a donc fallu, à partir de 1872, reconstituer les registres paroissiaux et d’état-civil parisiens, à l’aide des registres de notaires, des registres de catholicité conservés par les paroisses, et de la bonne volonté des Parisiens qui amenèrent divers documents et extraits d’actes pour compléter les périodes lacunaires. Selon les Archives de Paris, 8 millions d’actes auraient été détruits en 1871, mais un tiers ont tout de même pu être reconstitués.

L’acte de mariage civil de mes ancêtres a probablement été reconstitué à partir des seules sources disponibles : le contrat de mariage et l’acte de mariage religieux2.

Acte de mariage

Rétabli en vertu de la Loi du 12 février 1872, par la __ section de la Commission,
dans sa séance du __________________________

4è ARRONDISSEMENT DE PARIS3 – ANNÉE 1828

L’an mil huit cent vingt-huit, le vingt
quatre juin, à Paris,
Acte de mariage de François Henry
CHAMBRON, chapelier, demeurant rue
Saint-Denis, n° 30, fils de François
Henry Chambron et de Marie Angot,
son épouse, tous deux décédés ;
Et de Gabrielle Augustine Adèle
DESGROUX, demeurant rue de Bussy, n° 28,
fille de Jean Baptiste Desgroux, décédé,
et de Marguerite Adélaïde Julie Beuvain,
sa veuve.4

Heureusement que ce mariage n’était pas bloquant dans mes recherches, car hormis quelques indications de villes fournies dans le contrat de mariage, j’aurais risqué un peu de souci pour retrouver l’origine de l’époux.

  1. Contrat de Mariage de François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX, 22 mai 1828, Étude CI (notaire : Louis Jean Marie Morel D’Arleux), ET/CI/1030, Minutier Central des Notaires Parisiens, Archives Nationales []
  2. Mise à jour du 12 août 2010 : je l’ai trouvé ce matin en consultant les registres de catholicité de la paroisse Saint-Germain-des-Prés (celle de l’épouse), au 24 juin 1828 aussi. Il ne donne quasiment pas d’information supplémentaire à part les paroisses parisiennes des époux et les témoins au mariage. []
  3. À noter que l’époux habitait dans le VIème arrondissement ancien, quartier des Lombards, et l’épouse dans le Xème arrondissement ancien, quartier de La Monnaie. []
  4. Acte de mariage reconstitué de François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX le 24 juin 1828 à Paris, 5 Mi1 / 2053, AD75 []
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Insolite

Coïncidences généalogiques à Paris

Les recherches généalogiques révèlent parfois des coïncidences étalées sur plusieurs décennies et générations.

En consultant le contrat de mariage (1828) de mes ancêtres François Henry CHAMBRON et Gabrielle Augustine Adèle DESGROUX, passé devant notaire à Paris, je m’aperçois que la future mariée est domiciliée rue de Bussy au n° 28 chez M. Ledoux, marchand de nouveautés.
Les archives de Paris proposent en ligne le cadastre par îlot (1810-1836), ce qui permet de localiser précisément l’immeuble au n° 28 sur le plan du cadastre ancien, puis de repérer l’emplacement (les immeubles ont changé depuis 1828) sur une carte récente.
La rue de Bussy (aussi orthographiée « Bussi » sur le cadastre ancien) est en fait l’actuelle rue de Buci (6ème arrondissement), les différentes orthographes sont encore aujourd’hui visibles sur un immeuble, avec cette ancienne gravure du nom de la rue :

Afficher cette vue dans Google Street View

La rue de Buci donc ? Elle est à deux pas de la rue où vécurent mes grands-parents maternels (qui n’étaient pas Parisiens d’origine) à partir du courant des années 1950. Ma grand-mère était l’arrière-arrière-petite-fille de Gabrielle Desgroux.

Rien de bien sensationnel comme coïncidence après tout… Mais j’ai trouvé plus amusant !

Le notaire chez qui le contrat de mariage a été passé est Me Louis Jean Marie Morel d’Arleux, tête d’une longue lignée de notaire parisiens. Nous étions donc en 1828.
Quelques semaines après avoir consulté cette archive notariale, j’apprends que mes oncles, enfants dans les années 1950, avaient fréquenté dans leur jeunesse les fils d’un notaire. Un certain Me Morel d’Arleux :-)

Une sorte d’implexe généalogique relationnel ?