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Noms de famille

L’accent nivernais écrit dans un nom de famille (Moroche)

Les accents régionaux issus des dialectes d’oïl sont aujourd’hui de moins en moins présents dans les villes mais demeurent encore assez répandus dans les campagnes. Je suppose que cela donne une petite idée des sonorités que l’on pouvait entendre au XVIIIème siècle.

Les documents écrits ne transcrivent malheureusement pas ces accents et nuances du parler. L’orthographe des noms de famille (variablement évolutive selon les périodes, surtout d’une paroisse à l’autre) est par contre un indice intéressant sur comment pouvait être prononcé un nom.

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L’ascendance Piéchaud en Auvergne enfin débloquée !

Grâce au courrier précieux d’un cousin bien éloigné, je crois que j’ai enfin pu me confirmer une fois pour toute l’ascendance auvergnate de la famille Piéchaud. Et m’enfin débarrasser d’une sacrée épine généalogique !

L’origine auvergnate des Piéchaud : une légende familiale ?

Si dès la moitié du XIXème siècle les Piéchaud naissaient en Gironde, leur ancêtre Louis-Guillaume PIÉCHAUD (sosa n° 48) naissait lui en 1811 sur l’île d’Oléron, à Chéray, commune de Saint-Georges. Cela je l’apprenais dans le premier volume de ses mémoires, dont je vous parlais ici en 2008. Son père Guillaume PIÉCHAUD était également né à Oléron, en 1783, fils d’Élisabeth ETELLIER, une locale, et de Jean PIÉCHAUD (qui en fait s’appelait Jean PICHOT1), un marchand venu d’Auvergne. Voici ce qu’écrivait mon ancêtre à ce propos :

C’est ainsi que vers 1770 arrivèrent à l’île d’Oleron deux frères et une sœur Piéchaud natifs de la paroisse de Louche, Province d’Auvergne, évêché de Clermont, département du Puy de Dôme, pays où se fait particulièrement le commerce de la toile et du linge de toute espèce, d’autres documens [sic] les diraient natifs de Pradée, commune d’Allége, dept. du Cantal, Auvergne. Toutefois la première version se trouve conforme aux actes de mariage et de décès, elle est donc la plus probable.

Mon ancêtre indiquait également dans ses mémoires les date, lieu et notaire du contrat de mariage, ce qui me permit à défaut de pouvoir consulter celui-ci, de me diriger vers les registres paroissiaux de Charente-Maritime (AD17) lors de leur mise en ligne. Tout aurait été simple si l’acte de mariage trouvé n’avait pas été ambigu

Des actes de baptême des enfants du couple et les actes de sépulture des parents confirment la version de mon ancêtre : un papa Jean Pichot (avec des variantes du nom type Pichos, Pichaud, Piesseau…) et une maman Elisabeth Etellier (avec des variantes type Tilliet, Etiliere…). Par exemple mon aïeul Guillaume Piéchaud est dit fils de Jean Pichot et Elisabeth Tilliet.

Un acte de mariage bien épineux

Mais un acte de baptême et surtout l’acte de mariage du 6 juillet 1773 à Saint-Pierre d’Oléron posent problème au niveau de l’épouse, qui n’est visiblement pas Elisabeth Etellier :

Extrait de l'acte de mariage de Jean Pichot et Elizabeth "Bury" (1773)
Extrait de l’acte de mariage de Jean Pichot et Elizabeth « Bury » (AD17 en ligne – Saint-Pierre d’Oléron (greffe) – 06/07/1773)

Le six de juillet mille sept cent soixante traise
[…] je soussigné ay reçu le consentement mutuel
de mariage de Jean Pichot fils légitime de feu Pierre
Pichot et de Jeanne Combes laboureur, natif du
village de Pradier paroisse d’Allanche diocèse de Clermont
en Auvergne d’une part, et d’Elizabeth Bury fille aussi
legitime de feu Antoine Bury laboureur et de vivante
Jeanne Masonne native de la paroisse de Saint Denis […]

Le rédacteur de l’acte s’est-il trompé de nom ou a-t-il confondu deux Élisabeth : une Étellier et une Bury ? Jean PICHOT s’est-il marié deux fois ? L-G Piéchaud s’est-il trompé en citant le mariage (je n’en ai pas trouvé d’autre correspondant) ?  Une confusion que l’on retrouve jusque dans les baptêmes de certains des enfants !

Même s’il apparaissait plutôt sûr que le Jean Pichot du mariage était le bon, l’absence de fiabilité des documents m’empêchait de relier avec certitude cette ascendance auvergnate.

Un cousin salvateur

J’avais justement été contacté il y a près de deux ans par un cousin très éloigné, descendant d’une des filles de Jean Pichot et Elisabeth Etellier, avec qui nous avions pu échanger nos questionnements sur cet épineux mariage. Nous n’étions d’ailleurs pas les seuls à nous interroger :

Mention "étellier ?" ajoutée en glose d'un acte au nom de Buril (Bury)
Mention « étellier ? » ajoutée en glose dans l’acte de baptême d’Anne Geneviève « Piesseau » (fille Jean & Elisabeth Buril/Bury) (AD17 – St-Pierre d’Oléron – 06/09/1790)

Puis mercredi dernier, j’ai reçu de la part de mon cousin une photocopie du fameux contrat de mariage.

Qui me semble tout éclaircir. Extrait :

Contrat de mariage de Jean Pichot avec Elisabeth Etellier

Aujourd’hui sixième du mois de juillet mil sept cent soixante
treize après midy par devant le no[tai]re royal en S[ain]tonge résidant
a l’isle d’Oleron soussigné et en présence des témoins basnommés a été
traitté et accordé les conventions du mariage qui a été beny
ce matin en l’eglize du présent bourg et pa[roi]sse de St Pierre en la
ditte isle, d’entre Jean Pichot m[archan]t colporteur, natif
de la pa[roi]sse de Lanche province d’Auvergne évêché de Clermont
dem[euran]t depuis plusieurs années audit présent bourg de St Pierre
fils légitime de feu Pierre Pichot et de vivante Jeanne Combe
d’une part.
Avec Elizabeth Etellier fille aussy légitime de feu René
Etellier et de vivante Elizabeth Masson
native de la pa[roi]sse
de St Denis aussy en la ditte isle et habitante depuis
plusieurs années dud. Bourg de St Pierre d’autre part.

[…]

Il y eu donc bel et bien une erreur sur l’acte de mariage (sur le registre communal comme sur celui du greffe) : Jean PICHOT (sosa n° 192), natif d’Auvergne, épousa Elizabeth ETELLIER (sosa n° 193), native de Saint-Denis-d’Oléron.

Le berceau de la famille Piéchaud Pichot

Quant au lieu d’origine de Jean Pichot, il s’agit donc du village de Pradiers (Cantal), dépendant à l’époque de la paroisse d’Allanche, au cœur du massif du Cézallier. Dans l’acte de mariage, on lit « Pradier paroisse d’Allanche » (et du coup je ne vois pas comment mon ancêtre put lire « Allège »), tandis que dans le contrat de mariage je lis « Lanche » (L-G Piéchaud lut apparemment « Louche »), ancienne forme du nom d’Allanche2 :


Agrandir le plan

PS : je ne vous invite pas à consulter mon arbre en ligne sur Geneanet, il n’est pas du tout du tout du tout à jour à ce sujet.

  1. Le nom aura évolué sur à peine une génération, je pense que ce sera l’occasion d’un rapide billet prochainement. []
  2. cf. précision en commentaire []
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Avec ou sans l’accent ?

Depuis la Révolution, l’immuabilité du nom de famille a été clairement fixée par la loi du 6 fructidor de l’an II, qui dit très exactement ceci : « Aucun citoyen ne pourra porter de nom ni de prénom autres que ceux exprimés dans son acte de naissance : ceux qui les auraient quitté sont tenus de les reprendre« . En outre, depuis les années 1880, qui ont vu se répandre en France l’usage légal du livret de famille, on considère que les noms de famille ont vu leur orthographe plus définitivement fixée.

Plus récemment, l’article 433-19 du code pénal précise qu’il est clairement interdit de :

  1. prendre un nom ou un accessoire du nom autre que celui assigné par l’état civil ;
  2. changer, altérer ou modifier le nom ou l’accessoire du nom assigné par l’état civil.

Ce qui explique que, tel que porté sur mon acte de naissance, mon nom de famille s’écrit sans accent. Piechaud et non pas Piéchaud. Je suis donc dans la plus parfaite illégalité lorsque je l’écris avec un accent. Impossible ainsi d’obtenir des documents officiels (passeport, carte d’identité) avé l’accent !

Extrait de mon acte de naissance : pas d'accent sur mon nom

Le plus amusant étant qu’au sens strictement légal, même si je porte en apparence le nom de ma mère, il se trouve qu’en fait non : son nom à l’état-civil porte, lui, bel et bien l’accent. On m’a pourtant annoncé à l’antenne de police (pour le passeport), que pour ajouter ce petit accent, j’aurai certainement à faire une demande au tribunal administratif local ! Tout ça à cause d’une machine à écrire qui ne gérait pas les É ?

Mais au fait, accent ou pas accent ? Mon ancêtre Louis-Guillaume Piéchaud écrivait son nom avec l’accent. Les livres de Martial Piéchaud portent bien l’accent aigu (même sur les majuscules). L’acte de naissance de mon grand-père montre également un nom accentué.

Accent aigu sur la signature du Dr Louis-Guillaume PiéchaudAccent aigu sur un livre de Martial PiéchaudAccent aigu sur l'acte de naissance de Michel Piéchaud

Il est vrai qu’avant je ne me souciais que peu de mettre ou pas un accent. Et puis la généalogie est passée par là ! Je ne sais pas précisément d’où vient mon nom, ni si une forme initiale a subi des déformations, d’autant que l’orthographe des noms de famille est une règle un peu légère et très fluctuante. Mais je sais que les cinq générations qui me précèdent portent et/ou écrivent l’accent, ce qui reflète au moins la prononciation. Alors pourquoi pas moi ?

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Usages du nom de famille

Les usages de transmission du nom de famille se sont trouvés grandement modifiés il y a quelques années par la loi 311-21 du Code civil.

Ainsi les parents peuvent décider de transmettre à leurs enfants le nom du père, ou bien celui de la mère, ou bien encore celui du père accolé à celui de la mère ou l’inverse…

Raphaël X, Raphaël Y, Raphaël X-Y ou Raphaël Y-X. Ca laisse du choix.

Je viens par contre, en lisant un ouvrage de généalogie, de tomber sur un passage qui explique qu’une des propositions de loi (non adoptée) voulait permettre à chacun de pouvoir transmettre au choix le nom de l’un de ses huit arrières-grands-parents, pour éviter la disparition de noms rares.

Raphaël A, Raphaël B, Raphaël C, Raphaël D, Raphaël E, Raphaël F, Raphaël X ou Raphaël Y… Et si j’ai bien compris, Raphaël A-B, Raphaël A-C, Raphaël E-X, Raphaël B-E ou encore Raphaël D-Y ?

Comment s’y retrouver ensuite pour les futurs généalogistes, même actes d’état-civil modernes et fiables à l’appui ?

Pourtant, ce qui m’a le plus révolté (oui oui ré-vol-té !), c’est que, selon le livre, si les parents ne trouvent pas un accord pour l’ordre des deux noms accolés à donner à leur enfant, c’est l’ordre alphabétique qui l’emportera (bien que je n’en lise aucune mention dans le texte de la loi). Si Y et X se disputent, ce sera donc Raphaël X-Y.

Mais c’est pas possible ! Déjà à l’école, la première partie de l’alphabet avait droit au premier service à la cantine. Et puis ils ont toujours été les plus nombreux les A à L ! Voila, ce sont encore les même qui l’emporteront à coup sûr ! Qu’est-ce qu’un Piéchaud peut faire contre tous ces Béguerie, Bourbon, Bourdèu-Daguerre, Cardez, Fouilleul, Nandrot et même Passenaud qui le précèdent ? Rien, j’vous dis ! Me reste plus qu’à trouver une Zerbib ou une Zubizarreta si je veux transmettre mon nom. Ou alors je fais profil bas et j’évolue avec la société : mes enfants porteront un matronyme ? ce qui est déjà mon cas :-)

Z’ont intérêt à me mettre en gras dans leur arbre ! Et toc.

Quelques explications sur les usages du nom de famille vus par un avocat bloggeur.

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Dictionnaire en ligne des noms de famille (Jean Tosti)

Sur son site, Jean Tosti propose gratuitement un dictionnaire des noms de famille de France et d’ailleurs, extrêmement complet. Il est d’ailleurs également intégré dans Geneanet (rubrique D’où vient mon nom dans le menu Services).

On y trouve des noms de toutes origines comme l’indique le titre : de France (oïl, oc, basque, alsacien, catalan, breton, corse…) mais aussi d’Europe (Italie, Allemagne, Espagne, Portugal, Grande-Bretagne…) et plus loin encore (noms arabes, juifs…). Un vrai travail d’érudit ! Les explications sont en règle générale assez bien détaillées et justifiées, prenant le plus possible en compte l’origine géographique, point indispensable pour déterminer la signification d’un patronyme.

Jean Tosti est également l’auteur de très intéressants articles sur l’onomastique, dans GenaWiki : « Les noms basques et gascons« , « Animaux et onomastique : le loup« , « Anthroponymie et végétation : l’orme« , « Les noms de familles Bretons« , « Rois, ducs, comtes et évêques« …
Voici par exemple l’explication que donne Jean Tosti quant à la signification du nom Piéchaud :

Celui qui habite un lieu-dit (le) Piéchaud ou en est originaire1. Le nom de famille, rare, se rencontre en Gironde. A noter les lieux-dits Serre de Piéchaud à Seynes (30) et Serre Piéchaud à Saou (26). Sens du toponyme : le sommet haut (piech = puech, en occitan sommet, colline).

C’est effectivement une des possibilités même s’il est difficile d’affirmer quoi que ce soit avec certitude… j’en reparlerai certainement prochainement2.

Et puisque je vous parlais de la signification du nom Beguerie il y a peu, voici quelques précisions supplémentaires via Beguery :

Nom surtout porté dans les Landes, également présent dans le Tarn-et-Garonne. Variantes : Beguerie, Begueries, Begueria. Il correspond au français viguerie, domaine soumis à l’autorité d’un viguier. A noter dans les Landes les hameaux de Béguerie à Maurrin et à Campet-et-Lamolère, dont pourraient être originaires les porteurs du nom.

  1. Pour ce qui concerne les deux lieux-dits Piéchaud, on les retrouve effectivement dans la base de l’IGN : http://ign.fr/rubrique.asp?rbr_id=865&saisie=392097. []
  2. Tout compte fait, mes Piéchaud à moi n’ont visiblement rien à voir avec cette définition. Ils s’appelaient, avant déformation : Pichot. Voir cet article : L’ascendance Piéchaud en Auvergne enfin débloquée ! []